Quelques rencontres scientifiques à Peyresq - 1980 : Un des premiers grands colloques de Physique au village de Peyresq
- organisé par la Fondation Louis de Broglie, "dont la vocation est à la fois scientifique et humaniste, car toute entreprise visant à mieux comprendre, doit par définition servir l'homme":
"La Pensée Physique en 1980" "Science et Humanisme en notre temps" - Ce colloque avait pour but de dégager les grandes lignes de la vision du monde dans la physique contemporaine, grâce à la collaboration des plus grands noms de la physique contemporaine comme : O. Costa de Beauregard, J.M. Levy-Leblond, G. Lochak, Rybak, R. Thom, A.M. Tonnelat, etc.
- Au total, vingt-sept éminents professeurs de six pays différents ont fait le point du développement de la physique en cette seconde moitié du XXè siècle. Parmi les auditeurs, de nombreux professeurs et étudiants venus de différents pays (belges, italiens, français, portugais, autrichiens, américains, mexicains, brésiliens, espagnols, grecs, suisses, tunisiens, etc )
- Les douze grands thèmes développés ont été :
- L'espace-temps.
- Le continu et le discontinu.
- Les particules et les interactions.
- Mathématiques et réalité.
- Les systèmes dynamiques.
- Biophysique.
- La stochastique.
- L'information, la cybernétique et l'humain. L'intelligence artificielle.
- Complexité, régulations et stabilité.
- L'évolution temporelle et l'irréversibilité.
- Les rapports de la science et de la technologie.
- Les idéologies scientifiques dominantes et le progrès scientifique.
- Cette réunion se déroula dans un esprit de synthèse et de simplicité, gage d'un apport véritable de la science à la culture de notre temps. Confirmant le destin du village reconstruit à ce type de manifestation et marquant une étape dans la réalisation de la vocation de Peyresq, telle que l'ont choisie les initiateurs du renouveau peyrescan: "Peyresq, centre d'humanisme, de science, de culture internationale et pluraliste".
Les expériences de Physique sur la place de Peyresq en 1980.
- 1987 : Humanisme de Plaine et Humanisme d'Altitude : Conférences à Peyresq
- "2 août 1987 : disposés sans ordre à la fantaisie de l'ombre sur la vaste place de Peyresq, des gens qui se connaissent, des gens qui ne se connaissent pas, des gens qui savent des choses, d'autres qui ne les savent pas, des gens parfois qui s'assemblent comme humanistes, beaucoup qui ont lu ou entendu quelque part le terme humanisme, sont là, vêtus d'été, qui debout, qui assis sur les bancs du village là transportés, ou sur les dalles ou murets et l'heure de la collation a déjà sonné, largement. Or nulle impatience, un silence attentif et des visages animés
- Mais où donc, et quand, paroles plus doctes autant que plus chaleureuses, à cette altitude, parmi les montagnes, furent-elles adressées à peuple plus réceptif ?
- Ne parlons pourtant pas grec ou français, et écoutons les parleurs de Peyresq.
- L'un deux, Georges Lochak, nous entretient, l'actualité y invite, de Louis de Broglie, le grand physicien est chez lui à Peyresq, avec son humanisme digne des grands Renaissants, digne de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc
- L'autre nous parle d'humanisme et l'attention ne faiblit pas, avant d'entamer le solide repas arrosé d'un petit vin de Provence."
Roger LASSALLE
- 1992 : Gassendi
En cette année 1992, qui aura sa place marquée dans l'histoire de l'Europe, la célébration du quatrième centenaire de la naissance de Pierre Gassendi revêt un sens particulier.
- Ne s'agit-il pas de rappeler le souvenir de l'un des hommes qui façonnèrent la pensée de notre continent, à un moment où celui-ci ne se reconnaissait pas de frontières dans ce que nous appelons aujourd'hui : "le domaine de la culture".
- De ce point de vue, il était indispensable que Bruxelles occupât une place de choix dans le cycle des conférences et des colloques consacrés en 1992 à Gassendi.
- Bruxelles, et aussi la maison d'Erasme qui fut, un temps le lieu où battit le cur de l'Europe Humaniste.
- C'est à l'intérieur même de cet extraordinaire musée d'Erasme que se déroula, organisée par nos soins, la célèbre conférence de Marc Fumaroli, Professeur au Collège de France, sur "Nicolas-Claude Fabri de Peiresc - Prince de la République des Lettres".
- Au cours de cette conférence, Marc Fumaroli se référa à plusieurs moments à la "Vita Peireskii", écrite en latin par Gassendi et traduite en français par le Professeur Roger Lassalle. Traduction pour la première fois intégrale du texte de Gassendi (1641), et publiée par Belin, Paris (1992), dans la collection Un savant, une époque, dirigée par Jean Dhombres, sous le titre:
"Peiresc, le Prince des curieux au temps du Baroque". - Cette vie de Peiresc, écrite par Gassendi, est le pieux et émouvant témoignage d'une amitié exemplaire entre un magistrat Aixois, Peiresc, savant illustre, mécène généreux avec un écclésiastique de Digne, non moins illustre, "Gassendi".
Pierre Gassendi, réputé dans toute l'Europe pour ses connaissances et pour la qualité de sa pensée; fut tout à la fois, historien, théologien, mathématicien, philosophe, naturaliste et astronome. Sa passion intellectuelle pour l'examen de la nature dans tous ses détails fit de Gassendi un observateur du ciel et de la terre de tout premier ordre. Il utilisa, en même temps, les résultats de son examen critique du monde pour élaborer une synthèse philosophique. Ami et collaborateur à Aix de l'étonnant Peiresc, il développa son savoir aussi bien à Paris parmi les assemblées scientifiques et littéraires qu'au Collège Royal dans sa chaire de Mathématiques et d'Astronomie.
- 1999 : La pensée numérique
- Début septembre 1999, une vingtaine de chercheurs venant d'une dizaine de pays différents, se sont réunis à Peyresq autour du thème rarement abordé en histoire des sciences : la pensée numérique. Dans le livre de référence sur la pensée mathématique, les Éléments d'Euclide, les commentaires depuis toujours signalent la distinction opérée par Euclide entre ce qui concerne les nombres (livres VII à X) et ce qui concerne les figures (livres V, VI, XI, XII et XIII). De fait la théorie des proportions entre grandeurs est distincte de la théorie des proportions entre nombres. Toutefois, avec Descartes et Fermat, au XVIIe siècle, on considère généralement que fut opérée la jonction entre la géométrie (étude des figures et de leurs propriétés) et l'algèbre (écriture algébrique). Une jonction vraisemblablement préparée par un développement autonome de ce que l'on appelle la théorie des nombres, ou arithmétique. Il n'empêche, dans ce qui a longtemps accompagné l'enseignement des mathématiques, la musique est toujours restée du côté des nombres et de la combinatoire (étude des rythmes), l'optique et l'astronomie largement restées du côté de la géométrie (qui comporte bien sûr des formulations quantitatives). La notion de nombre elle-même a considérablement évolué, des nombres entiers aux nombres réels et aux nombres imaginaires. C'est dans le dernier tiers du XIXe siècle qu'il fut établi, moyennant la théorie des ensembles, que l'on pouvait construire le continu et la géométrie à partir des seuls nombres entiers (arithmétisation de l'analyse). Dès lors, une différence de statut se retrouvait entre le domaine de l'arithmétique et les diverses géométries. Et la force de l'arithmétique fut reconnue au XXe siècle, lorsque K. Gödel put démontrer, par réduction à un modèle arithmétique, que dans toute théorie mathématique axiomatisée décente il existait une proposition vraie, mais non démontrable à partir des axiomes de cette théorie. Le but de ce colloque, dont les Actes sont publiés, diffusés par Brepols, et également disponibles sur le Web (site Peiresc, Art et Science), n'était pas de faire une histoire des nombres, mais bien de traquer dans l'histoire et jusqu'aux mathématiques d'aujourd'hui, la présence d'une pensée du nombre distincte d'une pensée spatialisée.
Jean Dhombres
Directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales
- 2003 : Peyresq Physics 8 : Etude du rayonnement de fond cosmologique
- La rencontre "Peyresq Physics 8" fut essentiellement consacrée à la confrontation du modèle théorique de la cosmologie relativiste, le Modèle Standard, avec les mesures les plus récentes des fluctuations du rayonnement cosmologique fossile. Ces mesures ont atteint une précision extraordinaire, inimaginable il y a encore trois à quatre années. Selon nos conceptions théoriques actuelles, l'Univers aurait subi dans les tous premiers instants de son existence, une brève période d'expansion accélérée de type exponentiel. La gravitation agissait alors effectivement comme une antigravitation répulsive. Cette période et ce phénomène portent le nom d'Inflation. Si l'Univers a réellement subi un tel phénomène, il a été montré théoriquement il y a plus de vingt ans qu'il devrait en subsister des traces observables expérimentalement dans le rayonnement fossile. Ces traces doivent se manifester sous la forme de très légères fluctuations de température de ce rayonnement, perceptibles seulement grâce à l'incroyable précision des toutes dernières observations de cette température. Les modèles théoriques d'inflation prédisent les propriétés de ces fluctuations. Lorsque ces prédictions théoriques furent calculées, il apparut que leurs amplitudes étaient tellement faibles qu'elles étaient totalement hors de portée de l'observation. Cet état des choses se modifia radicalement ces dernières années grâce aux énormes progrès technologiques et aux astuces (non moins incroyables) des expérimentateurs. Si certains résultats préliminaires encourageants furent déjà obtenus il y a une dizaine d'années avec les observations du satellite COBE, la véritable révolution quantitative se produisit ces deux dernières années avec les observations BOOMERANG (expérience réalisée au moyen d'un ballon dans l'Antartique), WMAP et quelques autres. Ces expériences sont considérées par la communauté scientifique comme étant de toute première importance et probablement parmi les plus révolutionnaires réalisées durant ces deux dernières décennies en physique fondamentale. Elles représentent en fait les premières d'une série d'expériences qui nous permettront de pénétrer très profondément dans l'histoire de l'univers et de nous exhiber des phénomènes essentiels attachés aux tous premiers moments de son existence.
- Les experts mondiaux les plus réputés dans le domaine de l'observation du rayonnement fossile se sont réunis à Peyresq pendant une semaine (ce qui ne leur était pas arrivé depuis des années) pour confronter leurs résultats les plus récents (certains n'ayant pas encore eu le temps d'être publiés dans la littérature scientifique !!), discuter des perspectives futures et les expliquer aux autres participants à ce colloque. Parmi ces experts, citons P. de Bernardis (Université de Rome) qui est un des responsables principaux de l'expérience WMAP, L. Page (Princeton University) et D. Bond (CITA, Canada) qui sont respectivement les directeurs de deux autres expériences. L. Page, par exemple, donna un exposé magistral analysant les derniers résultats de WMAP et un exposé complémentaire concernant de futures expériences encore plus sensibles et ingénieuses qui permettront d'observer non seulement l'amplitude mais également la polarisation des fluctuations. Cette dernière donnée permettra de départager des propositions distinctes qui sont encore aujourd'hui compatibles avec l'observation. P. de Bernardis donna un exposé concernant l'expérience BOOMERANG et l'état d'avancement du décryptage fin des résultats de ces observations. D. Bond donna plusieurs exposés décrivant de manière exhaustive les relations entre les fluctuations de rayonnement fossile et la structure de l'univers à grande échelle. La théorie proprement dite de ces fluctuations, étude extrêmement ardue et raffinée, fut présentée par S. Mukhanov (Université de Münich).
- Il apparut clairement de tous ces exposés et discussions qu'il y a un accord excellent entre les prévisions théoriques et les résultats expérimentaux. Mais seules des mesures encore plus précises et ingénieuses pourront lever le doute sur certains aspects et départager certaines possibilités théoriques. Notre vision fine de l'univers primordial en dépend crucialement.
- Finalement, P. Steinhardt (Princeton University) passa en revue les divers candidats concevables aujourd'hui qui expliqueraient la mystérieuse énergie noire qui serait responsable de l'expansion accélérée actuelle (mini-inflation ?) de l'univers, et L. Kofman (CITA, Toronto) discuta dans son exposé des liens entre la théorie des cordes et la cosmologie. Le bouquet final nous fut offert par B. Carter (Observatoire de Meudon, Paris), devenu célèbre ces dernières années grâce au Principe Anthropique dont il est le père, qui nous présenta ses réflexions sur les applications de son Principe dans le contexte de la mécanique quantique.
- Comment mieux caractériser l'atmosphère, l'ambiance et l'importance de cette rencontre que par le message que nous envoya L. Page dans les jours qui suivirent la recontre : "Peyresq Physics 8 was the most productive meeting I ever attended".
Edgard Gunzig
Professeur à l'Université Libre de Bruxelles
- 2003 : AVEC - Ecole d'Eté Internationale sur la Vulnérabilité des Ecosystèmes
"Les écosystèmes en question à Peyresq" - La pollution, la fragmentation des habitats naturels et les changements climatiques et d'utilisation des terres affectent et mettent en danger les écosystèmes à l'échelle régionale comme globale. A Peyresq, petit village perché entre les cantons d'Annot et Colmars-les-Alpes, 35 étudiants venus des quatre coins de l'Europe ainsi que de Turquie, de Chine, du Chili et d'Indonésie ont participé à une université d'été afin d'apprendre comment évaluer de façon intégrée les conséquences de ces changements environnementaux.
- Cette université d'été est financée par la Commission Européenne dans le cadre du projet "AVEC". Elle permet aux étudiants de mieux déterminer dans leur carrière future la fragilisation des écosystèmes et la vulnérabilité des populations qui en dépendent.
- Des scientifiques de renommée internationale ont présenté les derniers développements connus dans la simulation de processus écologiques et dans l'élaboration de scénarios de changements globaux futurs. Les étudiants ont grandement profité de la variété des cours donnés et des discussions stimulantes qui s'en sont suivies. A été soulignée en particulier, l'importance de considérer les acteurs et décideurs tant locaux que nationaux dans les évaluations de vulnérabilité.
- Des présentations ont touché des thèmes plus controversés tels les problèmes éthiques de ce champ de recherche, la santé dans le monde, ou ont introduit l'expérience des spécialistes du terrain qui appliquent la connaissance écologique dans leur travail quotidien, tel M. Frapa du Parc naturel régional du Luberon. Les étudiants ont découvert pendant une excursion les paysages de Haute-Provence, et des intervenants locaux ont présenté l'agriculture céréalière et lavandière sur le Plateau de Valensole, l'histoire du barrage de Sainte-Croix et du village des Salles-sur-Verdon, ainsi que la gestion du Parc du Verdon.
Etudes de cas - A part les cours magistraux, les étudiants ont développé leur propre étude de cas en petits groupes réunissant des nationalités et des disciplines scientifiques différentes. Les évaluations de vulnérabilité ainsi élaborées se sont par exemple penchées sur la minorité ethnique des Samis (Suède), les risques de sécheresse et d'inondation aux Pays-Bas et les questions environnementales et de développement au Vietnam.
- Ces études de cas ont permis aux étudiants de comprendre, par la pratique, les risques écologiques caractérisant leur régions d'étude, ainsi que les possibilités d'adaptation face aux impacts futurs.
- Cette université d'été a donc rassemblé 35 étudiants mais aussi 25 scientifiques dans l'esprit d'humanisme et d'échange cultivé par l'ASBL Nicolas-Claude Fabri de Peiresc.
- La beauté des environs, les couleurs changeantes de l'automne, la cuisine provençale et l'hospitalité de l'équipe d'accueil à Peyresq ont contribué à faire de cette université un succès complet pour tous les participants.
La Provence, 10 octobre 2003