La poésie scientifique de Lucrèce à nos jours

Colloque de Peyresq

14 juin - 19 juin 2008

 

Samedi 14 juin 2008

18h30 : accueil et visite du village de Peyresq

19h45 : repas 


Dimanche 15 juin : présidence Jean Dhombres

Matinée libre

12h30 : repas

14h : Jean Dhombres (EHESS, Centre Koyré), La poésie scientifique et la double figure du doute et de l’enthousiasme : l’âge de Chénier et de Blake
15h : Jean-Marc Lévy-Leblond (Université de Nice), L'atome de Lucrèce et le nôtre
16h : Patricia Radelet-de Grave (Université catholique de Louvain), Voltaire et la pomme de Newton
17h : Pause
17h30 : Ana Siekiera (Université de Catane), La défense des artes mechanicae et la poésie de Bernardino Baldi

18h30 : Apéritif et visite du village
19h15 : repas
21h : Edoardo Kac :
Biopoésie : l’ingénierie du vivant au service de la création poétique


Lundi 16 juin : Baldine Saint-Girons

9h Philippe Chométy (Université d’Aix en Provence et projet ANR Euterpe), Les poètes "scientifiques" au siècle de Louis XIV
9h45 : Baldine Saint-Girons (Paris Nanterre), De la poésie comme science originaire chez Giambattista Vico

10h30 : pause

10h45 : Nicolas Wanlin (Université d’Arras, et projet ANR Euterpe), Peut-on parler d’une poésie évolutionniste au XIXe siècle ?
11h30 : Patrick Née (Université de Poitiers), Poésie, médecine inconscient : Lorand Gaspar

12h15 : repas

14h30 : Rafael Mandressi (CNRS, Centre Koyré), Poésie et médecine
15h15 : Claudine Cohen (EHESS), La poésie géologique : Les fossiles de Louis Bouilhet (1854)

16h : pause

16h30 : Colette Camelin (Université de Poitiers), Le télescope et la lampe d’argile : Saint-John Perse et les sciences
17h15 Jacqueline Fabre Serris, Pythagore, Empédocle, Lucrèce et la nature des choses : les constructions virgiliennes (Buc., 6 ; Én., 6) et ovidiennes (Mét., 15).

19h15 : repas


Mardi 17 juin : présidence Françoise Graziani

9h30 : Lina Bolzoni (ENS Pise), Tommaso Campanella et la poésie comme flos scientiarum
10h15 : Françoise Graziani (Université Paris 8), La “ science poétique ”

11h : pause

11h15 : Didier Kahn (CNRS), Un aperçu du spectre de la poésie alchimique

12h : repas

16h30 : Isabelle Pantin (Nanterre/ENS), Lucrèce à la Renaissance
17h15 : Michel Plaisance (Université Paris 3), Une poésie retrouvée d’Antonfrancesco Grazzini sur la comète de 1577. 
18h : José Turpin (Université de Créteil), Une physiologie fantastique sous le patronage d’Apollon : Scévole de Sainte-Marthe, Paedotrophia (1584), I, vers 323-352.

19h : repas
21h  : Christian Lavigne, Ars mathematica 


Mercredi 18 juin : présidence Hugues Marchal

9h30 : Caroline de Mulder (Université de Gent, et projet ANR Euterpe), De l’utopie à l’industrie : la poésie scientifique et l’utilitarisme social
10h15 : Hugues Marchal (Université Paris III
, et projet ANR Euterpe), Les conditions d’impossibilité de la poésie scientifique après Delille.

11h : pause

11h15 : Jean Seidengart (Paris Nanterre), Science et métaphysique dans le poème inachevé sur l’éternité de Albrecht von Haller

12h : repas

16h : Catriona Seth (Université de Nancy et projet ANR Euterpe), Poésie et combat médical : le cas de l’inoculation
16h45 : Jean-Marc Tetaz (Université de Lausanne), La poésie scientifique de Goethe dans le cycle Gott und Welt du recueil de 1827
17h30 : Fritz Nies (Université de Düsseldorf), Fruits et fleurs ensemble : genres didactiques francophones à vue d’oiseau
18h15 : Didier Laroque (Ecole des beaux-arts), Baudelaire

19h : repas

21h : Poésies Damien Schovaert-Brossault,(Paris 7) Frictions et fictions articulées : de la poïétique au poétique / Patrizia d’Alessio (Inserm Paris), Poétiques pseudo-biologiques (les maïeutike)


Jeudi 19 juin ; présidence Jackie Pigeaud

9h. : Jackie Pigeaud (Université de Nantes, IUF), Lucrèce et le problème de la poésie scientifique

10h30 : pause

11h : Saulo Neiva (Université Blaise Pascal, Clermont II), L’émerveillement par la réhabilitation de la poésie scientifique : le cas d’Haroldo de Campos (1929-2003)
11h45 : Giovanni Lombardo (université de Messine), Le sublime et la poétique cosmologique.

12h30 : repas

Départ en car de Peyresq à 15h


Proposition de communication au colloque de Peyresq

La poésie scientifique de Lucrèce à nos jours

Samedi 14 juin-Jeudi 19 juin 2008

 

Patrizia d’Alessio,
endocell@wanadoo.fr
Poézioles pseudo-biologiques
Ces brefs textes qui ressemblent à des « tarantelle » primitives sont fondés sur l’idée caractéristique de la biologie qu’on peut « zoomer » le vivant, qu’on peut regarder dedans. Par ce regard furtif des aspects inattendus sont cueillis et livrés dans des tournures synthétiques, fruit de la surprise. Les « poézioles biologiques » sont telles d’abord par leur sujet, la cellule. Devinée, imaginée, la cellule a été décrite à la manière d’un pressentiment avant d’être vue. En effet, « la théorie cellulaire, ce n’est pas l’affirmation que l’être se compose de cellules, mais d’abord que la cellule est le seul composant de tous les êtres vivants, et ensuite, que toute cellule provient d’une cellule préexistante » (Canguilhem, 1952, 47-98). Les cellules sont invisibles à l’oeil nu. C’est pourquoi elles ne constituent que depuis peu un objet de perception, qui s’intègre désormais au reste de ce qui est donné à notre connaissance du corps humain, et dont il n’est plus possible de faire l’économie. Il en dérive une pensée du corps qui se décline en deux moments : un temps antérieur à la visibilité de la cellule, et un temps postérieur à son épiphanie. Le passage à la visibilité fonde une nouvelle conception du corps. Pour voir une cellule, il faut désormais disposer de prothèses technologiques capables d’agrandissement et il faut se doter de capteurs artificiels. Soumis à ce mode de dévoilement, nous risquons cependant de perdre de vue la cellule elle-même. Dans notre représentation, elle est devenue une entité extractible du corps, une sorte d’image. Michel Foucault parlait du couple « visible-invisible » comme d’une vérité cachée en dessous de la surface du corps, objet du regard médical, et la bio-médecine contemporaine doit beaucoup à cette couche d’invisibilité. En dépit de nos stratégies pour extraire la cellule du corps, celle-ci, désormais visible, reste de facto une force invisible de la vie biologique. Les cellules constituent des réservoirs de données concernant l’histoire du tissu, de l’individu. Ainsi, les « poézioles biologiques » distillent de manière catégorique des « vérités » sur un vaste univers qui englobe le passé et le futur, la vie et la mort, la santé et la maladie, mais le lien dynamique tissé entre ses dimensions se transforme en exclamation « Quel est l’individu ? Quel est l’organe ? Les organes mêmes sont-ils des individus ? » (Virchow, 1859). Entre robustesse et force vitale, les systèmes immunitaires humains ont été hissés de manière théâtrale sur la scène épistémologique » (Sloterdijk, 2005, 73). Enfin, Nietzsche prend  « le corps vivant comme la mémoire en alerte, c’est-à-dire comme ce dans quoi la passivité et l’activité s’articulent originairement au lieu de s’opposer » (B Stiegler, 2000, 30). Dans cette alternance entre activité et passivité, la cellule nous renvoie à l’idée de lutte, de danse, de torsion originaire. Cet aspect « purement » architecturale, sa pré-contrainte, quasiment insaisissable est l’objet des « poézioles biologiques ».

Lina Bolzoni,
Scuola Normale Superiore, Piazza dei Cavalieri 7, I -56 126 Pisa
bolzoni@sns.it
Tommaso Campanella et la poésie comme flos scientiarum
L’expérience poétique de Campanella cherche ses propres modèles au-delà des canons pétrarquistes et les trouve d’abord chez Dante et, plus loin dans le temps, chez David, Salomon, chez les poètes théologiens et les prophètes des origines. De cette façon il veut réaliser une poésie qui soit flos scientiarum, une poésie prophétique qui n’accepte pas la corruption de l’époque, qui réalise une “imitation architectonique”, qui “envisage le but de façon élevée et spéculative”et imite directement la nature, au lieu d’”examiner les détails des règles des écrivains”.

Colette Camelin, professeur de littérature française à l’université de Poitiers
Colette.camelin@free.fr
Le télescope et la lampe d’argile : Saint-John Perse et les sciences
À la différence de nombreux poètes du xxe siècle hostiles à la science, Saint-John Perse intègre des termes scientifiques à son langage poétique. Pour goûter la saveur de ses poèmes, des connaissances en ornithologie, entomologie, botanique, géologie, astronomie et même chimie sont utiles. Il s’est intéressé en effet depuis sa jeunesse à diverses sciences et a inscrit son œuvre poétique en résonance avec les découvertes de son temps. Ainsi son poème Vents, écrit en 1945, accorde-t-il une place centrale à la maîtrise de la fission de l’atome. Le poète a pris la mesure de l’importance de cet événement dans l’histoire de l’humanité. Le Discours de Stockholm, qu’il a prononcé en 1960, rapproche la démarche du savant de la création du poète, « car l’interrogation est la même qu’ils tiennent sur un même abîme, et seuls leurs modes d’investigation diffèrent ». Selon lui, la poésie participe à l’aventure de la connaissance de la nature (phusis). C’est pourquoi Claudel a associé Vents aux poèmes « didactiques » de l’Antiquité, tels que la Physique d’Empédocle et le « De rerum natura du grand Lucrèce ». Pour comprendre le sens de cette étonnante entreprise poétique au milieu du xxe siècle, il convient de la situer dans le contexte intellectuel où elle surgit : la critique du positivisme, le vitalisme, l’influence majeure de Bergson, la lecture d’Einstein en Amérique. Il s’agit ensuite de voir comment les grandes questions scientifiques sont tissées dans les versets du poème afin d’interroger la tension dynamique entre les télescopes, « les tables et les calculs » de l’astronome ou du physicien, et « la lampe d’argile du poète ».

Philippe Chométy
Docteur en littérature française, agrégé de lettres modernes
CRAIRAC (Centre de Recherche Aixois sur l’Imagination à la Renaissance et à l’Âge Classique)
6 rue Fontaine d’argent, 13 100 Aix en Provence
agrégé de lettres, docteur en littérature française, membre du CRAIRAC (centre de recherche aixois sur l'imagination à la Renaissance et à l'Age classique). Auteur d'une thèse sur la poésie d'idées intitulée "Philosopher en langage des dieux", publiée en 2006 aux éditions H. Champion. A rejoint récemment l'équipe du programme ANR Euterpe. Travaille actuellement sur les fonds scientifiques patrimoniaux de la bibliothèque Méjanes. Prépare une anthologie de la poésie d'idées sous le règne de Louis XIV.
Les poètes « scientifiques » au siècle de Louis XIV
L’histoire littéraire a souvent imposé une idée fausse selon laquelle, après ce qu’on appelle le baroque, le rationalisme moderne aurait provoqué le déclin de la poésie. Entre le XVIe siècle, où la poésie dite « scientifique », redécouverte par Albert-Marie Schmidt, occupe une place prépondérante dans la littérature d’idées (à caractère cosmologique, philosophique, initiatique) et le XVIIIe siècle qui impose avec éclat l’alliance du vers et des sciences, jusqu’à l’apogée de la poésie didactique sous l’Empire, le siècle de Louis XIV triompherait exclusivement dans les clichés de la poésie religieuse, dans les flatteries de la poésie encomiastique, dans les frivolités de la poésie mondaine. Dans le prétendu désert de la poésie classique, la représentation scientifique du monde et la création littéraire vivraient ainsi dans un rapport d’antinomie.
Et pourtant, la poésie d’idées de type « scientifique » connaît un développement considérable au cours du XVIIe siècle. Cette efflorescence, qui produit les poèmes de La Fontaine sur l’âme des bêtes et les vertus fébrifuges du quinquina, de Brodeau sur un nouveau système de l’univers, de Saint-Martin sur les cieux et les éléments, de Goizet sur la génération des végétaux et des minéraux, de Le Laboureur et de Genest sur la physique cartésienne, de Magnon sur le cercle entier des connaissances, témoigne de l’existence de nombreux poètes-philosophes marqués par une véritable passion du savoir. Même si le pédantisme reste une faute contre l’honnêteté, et si les caprices de l’imagination frappent certains auteurs d’extravagance, ces disciples et concurrents de Lucrèce ambitionnent de « philosopher en langage des dieux ». La question qui se pose est de savoir d’où vient cette curiosité pour la philosophie naturelle, d’essayer de comprendre comment les poètes trouvent un équilibre entre la rime, le vers et le savoir, le plaire et l’instruire, le galant et le sérieux, et d’analyser de près le rôle que joue la mise en poème pour l’organisation et la présentation des idées.

Claudine Cohen, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
Claudine.Cohen@ehess.fr
La poésie géologique : Les fossiles de Louis Bouilhet (1854)
«les Fossiles sont peut-être, selon Théophile Gautier, "le seul poème scientifique de toute la littérature française qui soit cependant de la poésie" », écrit Flaubert dans la préface posthume qu'il écrit pour les Dernières chansons de Bouilhet (publié en 1853-54). Ce poème lui semble parfaitement répondre aux exigences de la littérature moderne : investir la littérature d'un contenu scientifique - sans lui donner l'allure d'un récit téléologique.
Le poème de Bouilhet reprenait les thèmes de la paléontologie et de la géologie de Cuvier, mais surtout ceux de l'évolutionnisme métaphysique que Boucher de Perthes expose dans son traité De la Création. La rédaction de ce poème dédié, précisément, à Flaubert, avait fait l'objet de nombreuses discussions, lectures, correspondances, critiques, entre les deux amis. On retrouve au chapitre III de Bouvard et Pécuchet une sorte de "poème en prose" inspiré de l’œuvre de Bouilhet, avec la même architecture en cinq actes, le même mouvement qui conduit, de l'eau primitive à la sauvagerie du monde ou apparaît l'homme. On étudiera la façon dont, de Cuvier et Boucher de Perthes à  Bouilhet et Flaubert, circulent, entre science et littérature, les formes, les mots, les thèmes et les images.

Jean Dhombres, EHESS
Jean.Dhombres@ehess.fr
Poésie

Jacqueline Fabre-Serris,
jacqueline.fabre-Serris@wanadoo.fr
Pythagore, Empédocle, Lucrèce et la nature des choses : les constructions virgiliennes (Buc., 6 ; Én., 6) et ovidiennes (Mét., 15). »
Ce papier examinera la façon dont Virgile et Ovide construisent un discours sur la nature des choses qui renvoie à l’oeuvre et à la figure de grands prédécesseurs : Pythagore et Empédocle tout en répercutant l’ « événement » poétique et philosophique qu’a constitué la publication du De rerum natura.

Françoise Graziani (Université Paris 8), 12 avenue Robert Garcin, 84800 Fontaine de Vaucluse
antgraz@club-internet.fr
La “ science poétique 

Edoardo Kac
Biopoésie, l'ingénierie du vivant au service de la création poétique
Eduardo Kac is an artist and poet internationally recognized for bio art and his unique body of work in poetry created with new media, most notably holopoetry, digital poetry, and biopoetry. Between 2006 and 2007, Kac was poet-in-residence at the Biennale Internationale des Poètes en Val-de-Marne (BIPVAL). During his residency he held an exhibition of his poetic works that included the first presentation of a biopoem. Also  during his residency,  Édition Action Poétique published Kac's book "Hodibis Potax", which collects 25 years of Kac's experimental poetry, from 1982 to 2007. The second edition of his 1996  anthology "Media Poetry" was published in 2007 by Intellect, Bristol, UK. His book "Signs of Life: Bio Art and Beyond" was published by MIT Press in 2007.  At the dawn of the twenty-first century Kac opened a  new direction for contemporary art with a groundbreaking piece entitled Genesis (1999), which included an "artist's gene" he invented, and then with "GFP Bunny," his fluorescent rabbit called  Alba (2000). Kac's work has been exhibited internationally at venues such as Exit Art and Ronald Feldman Fine Arts, New York; Maison  Européenne de la Photographie, Paris, and Lieu Unique, Nantes, France;  OK Contemporary Art Center, Linz, Austria; InterCommunication Center  (ICC), Tokyo; Julia Friedman Gallery, Chicago; Seoul Museum of Art,  Korea; and Museum of Modern Art, Rio de Janeiro. Kac's work has been showcased in biennials such as Yokohama Triennial, Japan, Gwangju Biennale, Korea, and Bienal de Sao Paulo, Brazil. His work is part of  the permanent collection of the Museum of Modern Art in New York, the  Museum of Modern Art of Valencia, Spain, the ZKM Museum, Karlsruhe, Germany, and the Museum of Modern Art in Rio de Janeiro, among others. Kac's work has been featured both in contemporary art publications  (Flash Art, Artforum, ARTnews, Kunstforum, Tema Celeste, Artpress, NY Arts Magazine) and in the mass media (ABC, BBC, PBS, Le Monde, Boston  Globe, Washington Post, Chicago Tribune, New York Times). The  recipient of many awards, Kac lectures and publishes worldwide. His  work is documented on the Web: http://www.ekac.org.

Didier Kahn (CNRS), 7 rue du Clos des Abbesses, 91330 Yerres
dkahn@msh-paris.fr
Un aperçu du spectre de la poésie alchimique
La poésie alchimique a été bien peu étudiée. Dans quelle mesure, jusqu’à quel point peut-on parler à son sujet de poésie scientifique ? Une première erreur serait de la considérer de façon monolithique : elle peut prendre en effet bien des formes, et chacune de celles-ci suscite des questions spécifiques. Ainsi, la technicité du discours alchimique n’est-elle pas une entrave au genre poétique ? Mais la même entrave concerne la poésie sur l’attraction universelle et les lois de Newton. Inversement une profusion de symboles ne finit-elle pas par faire obstacle au sens et à la cohérence ? Peut-on évaluer la réception d’une telle poésie auprès des alchimistes ? On tentera de répondre à ces diverses questions en dégageant ce qui paraît caractériser les principaux courants de la poésie alchimique en France, en Angleterre et en Allemagne, ne tenant compte ni du cas de l’Italie, ni de celui du néo-latin.

Didier Laroque
Didier.Laroque@wanadoo.fr
L’architecture comme poème scientifique.Remarques sur les conceptions de Fischer von Erlach et de Boullée.
Le thème de réflexion qui est proposé laisse paraître le souci d’une unité qui serait celle d’une connaissance plénière, où les affects et la raison, la méditation et le calcul ne seraient pas séparés. Cette apparence m’a suggéré de regarder au général l’assemblage de la poésie et de la science, et de considérer un poème qui ne fût pas littéraire. J’ai choisi d’étudier, dans les écrits de deux architectes qui ont vécu à l’une et l’autre extrémités du XVIIIe siècle, deux ententes de l’architecture en tant que poésie scientifique. Johann Fischer von Erlach (1658-1723) juge en substance que la poésie appartient à la science la plus ancienne, tandis qu’Etienne Louis Boullée (1728-1799) ne connaît la science que pour l’instrument de la poésie. Je m’efforcerai d’élucider leur différence de vues et de comprendre quel phénomène l’engendra.

Frédéric Le Blay, Maître de conférences en langue et littérature latines,Université de Nantes.
L’Aetna et ses poètes.
Le célèbre volcan sicilien est l’un des hauts lieux de la poésie antique. Solemnem omnibus poetis locum selon une lettre de Sénèque, lieu par excellence de l’inspiration élevée selon l’auteur du traité Sur le sublime. Ce volcan, qui résume tous les volcans, est donc un lieu poétique. Le volcanisme est quant à lui un sujet de savoir. Que reste-t-il de la poésie quand le lieu poétique devient l’objet du discours scientifique ? La science peut-elle s’emparer d’un motif poétique ? ou bien, la poésie peut-elle partager avec la science les mêmes enjeux ? Le poème latin anonyme intitulé Aetna, véritable traité de vulcanologie en 600 vers – l’unique traité sur le sujet transmis, mais non l’unique à avoir été composé en milieu gréco-romain – offre un cas d’école parfait pour tenter de répondre à cette question. L’identité de son auteur reste un sujet très débattu ; Virgile fut longtemps invoqué. Une autre question qu’il convient de se poser, sans doute moins hasardeuse, est celle des modèles poétiques de l’auteur de l’Aetna. Lucrèce s’impose naturellement comme une référence incontournable, mais il n’est pas le seul. L’Ovide des Métamorphoses occupe manifestement l’esprit du poète météorologue. Peut-être parce que le motif mythologique de la métamorphose recoupe les théories sur les transformations de la matière élaborées dans le livre IV des Météorologiques aristotéliciens... En somme, la météorologique antique, dont la science des volcans n’est qu’une des parties, représenterait un sujet poétique idéal, en tant que l’une et l’autre, poésie et météorologie, sont une pensée de la métamorphose et de la transformation et que toutes deux appellent au même travail sur le matériau que constitue la langue.

Giovanni Lombardo, cattedra di Estetica Università di Messina
Facoltà di Scienze della Formazione, Dipartimento di Scienze Cognitive e della Formazione
via Concezione, 6
I-98121 Messina
giolomb@gmail.com
Le sublime et la poétique cosmologique.
Le sublime "naturel" est considéré, d'habitude, une découverte des modernes. Mais des études récentes ont montré que l'idée d'un sublime naturel était déjà connue à la culture ancienne et s'exprimait surtout par une sensibilité cosmologique qui trouvait justement dans la poésie scientifique son application la plus appropriée. En m'appuyant sur ces études, je voudrais proposer quelques remarques sur les sources du rapport entre le sublime et la poétique cosmologique, théorisée par Longin et par d'autres auteurs de l'Antiquité.

Rafael Mandressi
Médecins poètes et histoire de la médecine au XIXe siècle
Un intérêt particulier sur les médecins poètes et, plus largement, sur la place de la médecine dans la poésie et, réciproquement, sur celle de la poésie dans l’histoire médicale, se manifeste au XIXe siècle. Cet intérêt, que reflète la parution de nombreux ouvrages, apparaît et s’exprime à une époque où on assiste à l’essor d’une l’histoire de la médecine intensément pratiquée, par des médecins notamment. Cette coïncidence sur le plan chronologique l’est aussi en matière d’auteurs : ce sont ces historiens-médecins produisant des travaux historiques et des plaidoyers pour l’histoire de la médecine qui composent également des anthologies, des études ou des dissertations sur la poésie médicale. La présence éditoriale de ce genre invite à s’interroger, à la lumière des choix thématiques et des styles d’écriture, sur certains traits socio-intellectuels de l’historiographie de la médecine à cette époque, sur la vision dont elle est porteuse de la discipline et de son passé.

Hugues Marchal, université Paris III,
marchal.hugues@wanadoo.fr
Hugues Marchal est maître de conférences en littérature française à l'université de Paris 3 - Sorbonne nouvelle (UMR 7171). Ses travaux portent sur des textes qui revendiquent un statut d'"objets-frontières" en s'inscrivant tout à la fois dans et hors de la littérature. Il a produit dans cette perspective plusieurs analyses sur l'écriture du corps au XXe siècle ou sur les relations entre écriture et art contemporain, et il dirige actuellement un programme soutenu par l'Agence national de la recherche, "Euterpe: la poésie scientifique de 1794 à 1939, disparition d'un genre et mutations d'une frontière". Dernier ouvrage paru : La Poésie (Flammarion, GF-Corpus, 2007).
Les conditions d’impossibilité de la poésie scientifique après Delille
Des années 1770 à la fin de l'Empire, la poésie scientifique fait l'objet d'un engouement marqué notamment par le prestige exceptionnel accordé à l'œuvre de Delille. Dans ce régime, le poème en vers, encore investi par l'Encyclopédie de la tâche essentielle d'"embellir" et de "couronner" les vérités nouvelles, est un vecteur privilégié pour diffuser les sciences. Mais cet apogée coïncide avec une série d'attaques qui vont rapidement conduire à traiter la poésie comme la forme la moins apte à véhiculer ces savoirs. Comment cette inversion s'est-elle mise en place ? Dans quelle mesure les redéfinitions modernes de la nature du poétique ont-elles conduit, contre l'évidence de cet héritage, à faire du poème scientifique un genre impossible ? Et quelle a été la part de la redéfinition des frontières entre république des Lettres et champ scientifique dans ce processus ?

Caroline de Mulder, maître de conférences à aux facultés Notre Dame de la Paix de Namur
carolinedemulder@ugent.be
De l’utopie à l’industrie : la poésie scientifique et l’utilitarisme social
Science utilitariste et utopie sont étroitement liées dès le XVIIe siècle : avec Francis Bacon, la conception antique du rapport de la connaissance spéculative au savoir pratique se trouve en effet renversée : « le but véritable et légitime des sciences n'est autre que de doter la vie humaine d’inventions et de ressources nouvelles » (Novum organum). À la fois condition nécessaire d’un progrès technique désirable et outil privilégié de la maîtrise de la nature, la science se doit désormais d’être utile. Bacon qui en ce sens marque une véritable rupture, illustre ce point de vue dans son utopie La Nouvelle Atlantide.
Ce sont les rapports entre science « utile » et utopie dans la poésie, particulièrement au XIXe siècle, que je me propose d’examiner. Dans le sillage du socialisme utopique au début du siècle, poésie industrielle (cf. Elliott M. Grant) et poésie utopique (célébrant l’un des socialismes utopiques) se révèlent en effet fort proches. En témoignent la forme, les idées et le vocabulaire. Les illustrations abondent en ce sens ; pour ne donner que deux exemples, les premiers poèmes « scientifiques » de Leconte de Lisle étaient fouriéristes et Maxime Du Camp, auteur des Chants modernes était saint-simonien.

Saulo Neiva (Université Blaise-Pascal, Clermont II)
Saulo Neiva enseigne à l’Université Blaise-Pascal (Clermont II), où il dirige l’équipe de recherches « Sociopoétique : écriture des interactions sociales » (CELIS, EA 1002) et coordonne la Chaire Sá de Miranda. Il a notamment publié Au nom du loisir et de l’amitié. Rhétorique et morale dans l’épître en vers en langue portugaise au XVIe siècle (Paris, Centre Calouste Gulbenkian, 1999), La France et le monde luso-brésilien : échanges et représentations (Clermont, PUBP, 2005), ainsi qu’une trilogie sur la problématique de la réhabilitation de l’épopée ) notre époque : Déclin & confins de l’épopée au XIXe siècle (Tübingen, Gunter Narr, 2008), Désirs & débris d’épopée au XXe siècle (Berne, Peter Lang, 2008), Avatares da epopéia na poesia brasileira do fim do século XX (Recife, Fundação Joaquim Nabuco, 2008).
L’émerveillement par la réhabilitation de la poésie scientifique : le cas d’Haroldo de Campos (1929-2003)
Publié trois ans avant la mort d’Haroldo de Campos, le livre A máquina do mundo repensada (La machine du monde repensée) est un long poème narratif qui s’attaque au double défi de réhabiliter le domaine de la poésie scientifique et de réinvestir la tradition épique. À la confluence entre deux traditions génériques antiques, ce dernier texte d’un ancien poète d’avant-garde frappe par sa tentative de créer un effet de merveilleux qui puise sa force dans les paradigmes scientifiques de notre époque.

Patrick Née, Professeur à l’université de Poitiers,
Nee.Patrick@wanadoo.fr
Spécialiste de la poésie du XXe siècle, Patrick Née lui a consacré plusieurs essais : André Breton (Lire Nadja, Dunod, 1992), René Char qui fut son auteur de thèse (René Char, une poétique du Retour, Hermann, 2007), Philippe Jaccottet (Philippe Jaccottet. À la lumière d’Ici, Hermann, parution novembre 2008), cinq de ses essais portant sur la pensée d’Yves Bonnefoy (Poétique du lieu dans l’œuvre d’Yves Bonnefoy ou Moïse sauvé, PUF, 1999 ; Rhétorique profonde d’Yves Bonnefoy, Hermann, 2004 ; Yves Bonnefoy, Adpf/Ministère des Affaires étrangères, 2005 ; Zeuxis auto-analyste. Inconscient et création chez Yves Bonnefoy, Bruxelles, La Lettre volée, 2006 ; et Yves Bonnefoy penseur de l’image, ou les Travaux de Zeuxis, Gallimard, 2006). Il a dirigé un certain nombre d’ouvrages collectifs sur Char, Jaccottet et Yves Bonnefoy (en particulier Yves Bonnefoy, poésie, recherche et savoirs, Hermann, 2007), et prépare un livre sur Lorand Gaspar, Le Non-ailleurs de Lorand Gaspar, pour son éditeur belge de La Lettre volée, à paraître en 2009. Sa méthode d’approche lui fait entrecroiser histoire des idées, philosophie, voire théologie, histoire de l’art et psychanalyse, pour mieux dégager les enjeux profonds d’une poésie pensante.
Poésie, médecine, inconscient : Lorand Gaspar
On se propose de voir comment chez Lorand Gaspar le choix existentiel de la médecine (chirurgie) comme à la fois un art et une science lui a permis de concilier les deux voies de l’intelligence du vivant, en informant sa pratique de la poésie, qui renoue par là-même (dans une mesure qui reste à définir) avec la tradition du poème scientifique : dans sa production de la maturité (l’ensemble de « Cos » dans Égée Judée, ou celui des « Feuilles d’observation ») et jusqu’à aujourd’hui (les « neuropoèmes » encore inédits).

Prof. Dr Dr. h.c. Fritz Nies,
Genres didactiques de la langue française : un rapide tour d’horizon
Après un aperçu consacré à quelques genres qui fleurissent surtout aux temps modernes (apologue et fable au sens moderne de ces mots, art poétique, discours en vers, poème didactique et philosophique), je concentrerai mon attention sur des genres d'origine médiévale (bestiaire, lapidaire, remède, traité, ysopet). Je chercherai une réponse aux questions de savoir pourquoi on y passait la langue vernaculaire, et pourquoi on croyait la poésie un véhicule didactique idéal. Dans ce but je tâcherai d'identifier les caractéristiques thématiques et métriques puis, dans la mesure du possible, auteurs et destinataires des textes en question.

Michel Plaisance
Une poésie retrouvée d’Antonfrancesco Grazzini sur la comète de 1577.
Il s’agit d’une poésie burlesque de l’académicien florentin Antonfrancesco Grazzini dit Lasca (1505-1584) que l’on replacera dans le contexte des débats sur les comètes et que l’on mettra en rapport avec d’autres poésies ou vers inspirés par les comètes.

Patricia Radelet-de Grave, professeur à l’université catholique de Louvain 
Patricia.Radelet@uclouvain.be
Voltaire et la pomme de Newton
Les écrits de Voltaire portant sur la science ou les scientifiques n’occupent pas une très grande partie de son œuvre, mais ils témoignent  d’une réflexion qui laissera des traces importantes dans des œuvres aussi centrales que Candide ou Micromégas. Les sujets de ces écrits sont très variés et la forme que Voltaire leur donne va du quatrain encensant un scientifique au travail de recherche que constitue sa réponse à la question posée par l’Académie des sciences de Paris pour le prix de 1738 sur la nature du feu et sa propagation. On y trouve encore de longs poèmes ou des morceaux de prose, jouant de contrastes  percutants, dans le but de convaincre son lecteur, par exemple de l’utilité de l’inoculation de la petite vérole.
Voltaire a participé à plusieurs débats scientifiques, outre celui de l’inoculation, il intervient dans la querelle de la force vive leibnizienne, celui de la moindre action qui oppose Maupertuis  associé à Euler à l’obscur Samuel König. Mais son héros est sans conteste Newton auquel il consacre un très long ouvrage, Les éléments de philosophie de Newton ainsi que des éclaircissements sur ces éléments. De plus il cite Newton en exemple dans de très nombreux écrits.
On associe généralement son intérêt pour Newton à la période de Cirey et donc à l’influence de la marquise du Châtelet qui, à cette époque, traduisait les Principia de Newton. Or l’intérêt de Voltaire pour Newton est antérieure à cette période, et est peut être la cause de son entente avec la marquise. En tout cas, il les associe très fréquemment et donne à Emilie du Châtelet le surnom de Newton. Un exemple de cette association nous est donné par une épître en vers qu’il publie en tête des Eléments de philosophie en 1738 et qu’il publie à nouveau en tête de l’édition posthume de la traduction des Principia en 1759 : A la marquise du Châtelet sur la philosophie de Newton. Notre présentation des écrits de Voltaire touchant à la science aura pour but l’analyse de ce poème, que nous comparerons à trois autres écrits en vers à la gloire de Newton. L’ode écrite par Edmund Halley et placée en tête de la première édition des Principia qui date de 1687, celle de Richard Glover placée par Henry Pemberton en tête de son livre sur Newton intitulé A view of Sir Isaac Newton’s philosophy. Ce livre publié en 1728 a été lu très tôt par Voltaire. Et finalement l’ode de James Thomson écrite à la mort de Newton.

Baldine Saint-Girons : 24 rue Barbet de Jouy, Paris, 75 007,
bsaintgirons@wanadoo.fr
De la poésie comme science originaire chez Giambattista Vico
Au lieu de considérer la poésie comme un genre littéraire déterminé et la poésie scientifique comme une de ses espèces, Vico pratique un double renversement : premièrement, la poésie désigne l’activité créatrice originaire de l’homme en son sens le plus général et, deuxièmement, il faut attribuer un  caractère poétique ou poïétique à toutes les formes de savoir ou de « sagesses » qui surgissent à l’aube de l’humanité. Bref, au lieu et place de « la poésie scientifique », Vico traite de « science poétique ». Métaphysique, logique, morale, économie, politique, histoire, etc., sont d’abord poétiques ; et l’erreur serait de couper ces savoirs de leur genèse, en les isolant de l’arrière-fond de poésie théologique ou théomorphique, à partir duquel ils se sont constitués.
Maintenant, cela n’empêche pas Vico d’attacher le sens le plus haut à la science, telle qu’elle se donne à l’âge de la raison pleinement développée. Lui-même prétend d’ailleurs fonder une « science nouvelle », en l’établissant sur l’alliance de la philosophie avec ce qu’il appelle un peu mystérieusement « la philologie ». Notre problème sera donc d’examiner si, dans la perspective de Vico, la poésie scientifique ou la science poétique originaire  est devenue chose du passé ou bien si, au contraire, elle supplée  aux carences des sciences établies, voire même, si elle se développe encore aujourd’hui en science.

Damien Schoëvaërt-Brossault
Frictions et fictions articulées : de la poïétique au poétique.
Toute forme vient de mouvements contraints, de conflits de forces opposées qui,  par frictions des contraires, engendrent des singularités. Le vivant est lui aussi une singularité dynamique, mais qui s’inscrit dans une durée par une forme dont à la propriété est de saisir simultanément l’identité et la variation. Cette préhension des contraires permet au vivant de rester le même tout en devenant autre. Vivre, c’est essentiellement opposer au « comme ça » (frictionnel) du monde, un « comme si » (fictionnel) qui ne saisit jamais de la singularité que l’apparence pour en faire une vraisemblance.
La structure du corps vivant est fractale, une articulation d’articulations… qui en juxtaposant le « déterminé » et l’« indéterminé », réalise les interfaces nécessaires à l’expression ambivalente de la forme.  Ainsi la structure articulaire fractale permet au vivant de conserver son intégrité tout en se renouvelant. La préhension, où se concentrent la friction et la fiction, est partout distribuée du microscopique au macroscopique. En chaque point de la texture corporelle, « l’usage fictionnelle » compense « l’usure frictionnelle ».
Les « objets » de l’univers, comme expression dynamique des contraires, n’ont pas de sens, mais tout au plus une direction imposée vers l’état d’équilibre. En effet, le sens est ce qui permet d’échapper à la régularité,  en pointant l’ailleurs comme extrémité. Et il n’y a que le vivant qui puisse donner ce sens, par une préhension reliant l’origine singulière à l’extrémité plurielle. Le sens articulé, par le toucher, n’a que la portée de la  coexistence d’un corps à corps, mais il pointe un au-delà comme fiction. Le sens pointe l’absent, non pas comme point de fuite, mais comme point de vue sur le réel. Au delà du touchable, le sens articulaire interrompu est en attente de signification.
Cette attente ne peut être comblée que par  le langage qui se saisit des manières du sens articulé (le style), qu’il articule en signifiants, et propage par la parole. Le sens enraciné devient alors circulation de signes, et la signification émerge du signe singulier au symbole pluriel. Le langage s’ouvre au sens général, aux concepts, et la pensée vagabonde se surprend à rêver le monde…
Mais la signification ne sert à autre chose qu’au dévoilement de la vérité. Et en présence de la vérité, il n’y a plus d’intention autre que celle de laisser être ce qui est. Cette vérité où s’achève le langage, n’est pas ailleurs qu’à l’origine des sens, c'est-à-dire dans la présence de l’être là, au cœur de l’existant. Le langage nous libère en quelque sorte de la régularité imposée, mais n’atteint sont but qu’en y revenant autrement. Ce retour aux conflits originels, au « comme ça » du monde, nécessite toute la force du langage poétique.
La poésie est, en sens inverse du sens, une puissance du revenir autrement. Et il lui faut la force disloquante des signes pour que l’original s’entrechoque avec l’originaire, et que les extrêmes soient tenus intensément, par leur écart manifesté, dans un rapport inouï qui soude immédiatement l’être et le monde.
De ce point de vue, notre liberté est dans une dynamique des contraires (poïétique/poétique) génératrice d’infinis régularités. La poïétique nous fait au monde tout en nous en séparant de lui, degré par degré, par une articulation de forces et de formes, du sens au style, du signe au symbole, pour que nous le rêvions de loin. Le poétique nous fait revenir au monde, sans signification, par contre-écrit de l’écrit, délire du lire, pour obliger la langue à se refaire, et contraindre l’être à se réitérer autrement.

Jean Seidengart, Institut de Recherches Philosophiques (EA 373) : "Les dynamiques de l'invention philosophique, scientifique & artistique, Université Paris-X-Nanterre
jean.seidengart@wanadoo.fr
Science & Métaphysique dans le « poème inachevé sur l’éternité » de Albrecht von Haller (1736) ».
Albrecht von Haller est un grand scientifique suisse (né et mort à Berne 1708-1777). Il fut médecin, grand spécialiste de l’anatomie et naturaliste très réputé. Ses maîtres furent (entre autres) Herman Boerhaave à Leyde et le mathématicien Jean Bernouilli à l’Université de Bâle. Il occupa la chaire d’anatomie, de chirurgie et de botanique à Göttingen pendant près de 17 ans. Cependant, il fut également considéré comme un grand poète dès la publication en 1732 de son recueil intitulé Versuch Schweizerischer Gedichte. Le poème que nous comptons aborder s’intitule Unvollkommenes Gedicht über die Ewigkeit est un peu plus tardif (1736). Les poèmes de Haller furent considérés comme des modèles exemplaires par les Aufklärer et son succès s’est encore prolongé à l’époque du pré-romantisme. Son goût particulier pour la poésie didactique suscita un vif intérêt chez Kant et chez Hegel qui le citèrent très fréquemment dans leurs écrits respectifs. Dans son Histoire générale de la nature et théorie du ciel, de 1755 Kant désignait même Haller comme « le plus sublime < der erhabenste > des poètes allemands » [Ak, I, 314]. C’est la spécificité de cette poésie où viennent se fondre science et métaphysique que nous allons tenter d’analyser dans le poème de 1736, non sans évoquer certains échos qu’il produisit parmi ses lecteurs les plus inspirés.

Catriona Seth
Catriona.Seth@univ-nancy2.fr

Jean-Marc Tétaz, 57 rue du Maupas, CH-1004 Lausanne, 41 21 646 20 59, président de la société romande de philosophie
jean-marc.tetaz@bluewin.ch
La poésie scientifique de Goethe dans le cycle Gott und Welt du recueil de 1827

José Turpin, Université de Créteil, 2 rue du Pas de la Mule, 75 003 Paris
Jose.Turpin@wanadoo.fr
Une physiologie fantastique sous le patronage d’Apollon : Scévole de Sainte-Marthe, Paedotrophia (1584), I, vers 255-352.
On analysera plus précisément le passage dans lequel l’auteur prétend dévoiler la cause cachée des marques de naissance ou « naevi ». On analysera plus précisément le passage dans lequel l’auteur prétend dévoiler la cause cachée des marques de naissance ou « nævi » (vers 323-352), dont l’origine visible serait l’insatisfaction de la pica, cet appétit « monstrueux » attribué aux femmes enceintes, et représenté dans la scène initiale de « dévoration » (vers 261-269). On s’interrogera notamment sur la dynamique de cette explication mécaniste, sans doute influencée par Lucrèce et qui exerça à son tour une influence oblique. L’invention pseudo scientifique de Sainte-Marthe servira en quelque sorte de contre-épreuve à l’hypothèse dont on souhaite avant tout débattre avec les participants, celle d’une synergie entre poésie et science.

Jean-Marc Tétaz, 57 rue du Maupas, CH-1004 Lausanne, 41 21 646 20 59,
jean-marc.tetaz@bluewin.ch
La poésie scientifique de Goethe dans le cycle Gott und Welt du recueil de 1827

Jacqueline Vons
jacqueline.vons@univ-tours.fr
Centre d'études supérieures de la Renaissance
Université François- Rabelais de Tours- CNRS
59, rue Néricault-Destouches BP 1328, 37013 Tours cedex France
Le miel et l’absinthe dans le De Syphilide de Fracastoro (1530)
Seize ans avant son ouvrage le plus célèbre, le De contagione et contagionis morbis (1546), Girolamo Fracastoro, médecin de Vérone, publie un long poème divisé en trois livres, le De syphilide. Dans le vaste panorama des écrits consacrés à la recherche d’étiologies, à la description clinique et aux cures de la maladie, le De syphilide de 1530 est une œuvre singulière, que nous nous proposons d’examiner dans le cadre d’une interrogation sur une définition possible de la poésie scientifique.
Si l’on s’en réfère à la critique ancienne, disant s’appuyer sur les définitions mêmes proposées par Lucrèce, la forme versifiée aurait une fonction essentiellement ornementale, choisie pour rendre agréable au lecteur un sujet qui ne l’est pas. On pourrait considérer comme des applications de cette conception, l’enchâssement de poèmes dans des traités de médecine en prose (par exemple la Gerontokomia de Gabriele de Zerbi, en 1482). On retrouvera dans le texte de Fracastoro des réminiscences de poètes anciens, et de Lucrèce en particulier, mais l’emploi de l’hexamètre dactylique, du vers antique noble, nous invite à proposer une lecture différente du De syphilide : dans la description des fléaux qui s’abattent sur les hommes, le poème est à la fois une épopée de l’esprit humain, célébrant les victoires de l’ingenium, et une ouverture sur un nouvel imaginaire, issu précisément des sciences et des techniques du monde moderne.

Nicolas Wanlin, chercheur détaché au CNRS, projet Euterpe
nwanlin@gmail.com
Nicolas Wanlin est ancien élève de l’ENS, agrégé de Lettres modernes et docteur en Langue française de l’université de Paris-Sorbonne. Auteur d’une thèse intitulée Du pittoresque au pictural. Usages et valeurs des arts dans la poésie française de 1830 à 1872 , il a publié une quinzaine d’articles sur la poésie du XIXe siècle dont la majeure partie sur les relations entre poésie et arts plastiques. Il fait partie, comme chercheur en CDD détaché au CNRS, du projet ANR « Euterpe. La poésie scientifique de 1792 à 1939 : disparition d’un genre et reconfiguration d’une frontière » (dir. Hugues Marchal).
Peut-on parler d’une poésie évolutionniste au XIXe siècle
Il faudrait s’interroger sur la présence problématique du thème de l’évolution dans les poèmes épico-didactiques qui fleurissent au XIXe siècle. La théorie de l’évolution offrait en effet des motifs aussi intéressants que problématiques :
– La conception évolutionniste permettait de transformer en récit la description de la nature, ce qui n’est pas négligeable tant il est vrai que le genre descriptif était critiqué pour son statisme réputé anti-poétique. On peut en effet reconsidérer la nature comme sujet poétique dès lors qu’elle n’est plus un décor, un paysage vide de figures mais au contraire une foule de personnages insoupçonnés.
– Mais le revers de ceci est que non seulement la nature y perd toute possibilité d’idéalisation irénique, dans la mesure où les hommes du XIXe siècle ont eu tôt fait de se représenter l’évolution comme une lutte de tous contre tous, mais elle remet aussi en cause la dignité a priori suprême et indiscutable de l’homme comme sujet par excellence de la poésie. Si l’homme est un singe, peut-on encore attendre de lui qu’il manifeste idéalement le propre de l’homme : l’âme.
Les problèmes essentiels qui se posent à une poésie de l’évolutionnisme sont en effet de cet ordre : comment préserver l’idée d’âme humaine, la conception religieuse de la Création, enfin et surtout, la conception spiritualiste et anti-matérialiste de la poésie ? Les réponses apportées sont révélatrices non seulement du débat de société soulevé par la théorie évolutionniste mais également d’une interrogation profonde sur la possibilité d’une expression littéraire d’une telle théorie.
Les productions poétiques du XIXe siècle sur ce sujet sont suffisamment diverses et nombreuses pour offrir une grande diversité d’approches, tant au plan de l’argumentaire que des réalisations stylistiques. On se propose en effet d’étudier non seulement une vingtaine de textes pris pour objet par le groupe de recherche « Euterpe. La poésie scientifique de 1792 à 1939 » mais encore les 130 contributions manuscrites au concours académique de 1879 sur le sujet « La poésie de la science » qui est riche en développements sur notre sujet.