Guerre & Paix dans le Haut-Verdon

Une vallée et ses montagnards au temps de Vauban et du Roi Soleil

15 au 21 août 2011

Depuis 2007, année du tricentenaire de la mort de Vauban, mais plus encore depuis 2008, année de l’inscription des forts Vauban au Patrimoine de l’Humanité, la commune de Colmars-les-Alpes accueille tous les étés un spectacle historique, dans ses rues et ses forts, qui relate la visite d’inspection de Vauban en octobre 1700.

Imaginé par Frank Gétreau & Olivier Joseph, à la demande de la municipalité de Colmars, ce spectacle met en scène, sur la base d’un rigoureux travail dans les archives, trois thèmes historiques peu connus qui en font un spectacle original et unique dans les places fortifiées par Vauban dans Alpes :

• l’histoire architecturale des forts de Colmars à travers les personnages des ingénieurs Vauban et La Blottière ;

• les raisons qui virent les Alpes affronter deux décennies de guerres contre la Savoie, à travers la présence dans la scène finale du spectacle du Maréchal Nicolas Catinat, ami intime de Vauban et commandant l’Armée des Alpes ;

• la vie quotidienne des montagnards du XVIIe siècle, alors à l’apogée de leur dynamisme et de leur originalité sociale, à travers la présence du véritable héros du spectacle : le maître apothicaire Jean Saurin.

Sur la base du succès répété de ce spectacle, rendu possible par la volonté des élus et grâce à l’enthousiasme des bénévoles qui en sont l’âme et le moteur, nous proposons, pour le mois d’août 2011, de donner à cette reconstitution historique de l’Âge d’Or du Haut Verdon une ampleur nouvelle.

• Une ambition : prendre appui sur un patrimoine visible et une histoire connue, celle de Colmars-les-Alpes, de ses remparts médiévaux et de ses forts Vauban, pour explorer les fils qui les relient à l’ensemble de la vallée du Haut Verdon à l’époque de leur construction, qui est aussi l’âge d’or de la vallée.

• Une dynamique : entraîner les hommes, les femmes et les enfants du Haut Verdon dans une démarche commune, à l’échelle de la vallée, d’appropriation et de valorisation de leur patrimoine, du plus important au plus modeste.

• Un moyen : une proposition d’animations estivales, du 15 au 21 août 2011, culminant avec la reconstitution du siège de Colmars en 1690 (19 août à Allos et 20 août à Colmars) et le spectacle La visite de Vauban (21 août à Colmars).

Mais c’est bien toute la vallée qui est concernée par ce projet : le 15 août, Thorame-Basse et ses hameaux seront mis à l’honneur, leur patrimoine sera présenté, des animations s’y dérouleront. Le 16, ce sera au tour de Thorame-Haute et de ses hameaux, dont Peyresq. Le 17, Beauvezer, le 18 Villars-Colmars, etc.

À Peyresq, les chanteuses du Chœur de Chambre Irlandais de Paris, dirigées par Jean-Charles Léon, prendront leurs quartiers, une semaine durant, pour répéter, dans l’église de Peyresq en public, le concert qui sera donné à Villars-Colmars, Allos et Colmars, les 18, 19 et 21 août : Musique au temps de Vauban et des Irlandais.

Le matin du 16 août, l’Irish Chamber Choir de Paris organisera sa première répétition du concert final, dans l’église, en public. Olivier Joseph, Jean-Charles Léon et les chanteuses présenteront et commenteront le programme musical choisi pour cette semaine d’animations, et dialogueront avec les spectateurs présents. Sur la place de l’église, des panneaux présenteront la Communauté de Peyresq au temps de Vauban. Des conférenciers (Jean Dhombres, Louise Navello...) inviteront les visiteurs à prendre place à l’ombre des tilleuls pour leur présenter en toute simplicité, sans cérémonial, le village de Peyresq et le savant Nicolas-Claude Fabri de Peiresc qui a marqué et continue de marquer de son empreinte ce village enchanteur, aujourd’hui consacré à l’art, à la culture et au savoir.

L’Irish Chamber Choir of Paris

Chœur de femmes du Centre Culturel Irlandais

Direction musicale : Jean-Charles Léon

L’Irish Chamber Choir of Paris, Chœur de chambre du Centre Culturel Irlandais de Paris, a été créé en octobre 2004 avec pour vocation de développer les échanges culturels entre l’Irlande et la France.

Il regroupe des chanteuses amateurs de bon niveau sélectionnées sur audition, acceptant de s’engager dans un travail musical personnel et collectif rigoureux. L’ensemble ne comprend que des voix de femmes, formation rare ayant un répertoire de musique ancienne ou contemporaine important, mais fort peu exploité. Depuis septembre 2006, le Chœur reçoit une formation vocale donnée par Martina Cuvereau-Niernhaussen, professeur de chant.

L’ensemble propose chaque année une programmation de concerts dont la qualité, en constante progression, est maintenant reconnue. Les programmes abordés sont essentiellement axés sur la musique de la Renaissance et de la période baroque. Ils abordent également la musique contemporaine.

L’ensemble a vocation à participer à la vie du Centre Culturel Irlandais, et aux événements qui y sont organisés, mais il se produit également dans d’autres lieux.

Depuis sa création en octobre 2004 et sa première prestation, l’Irish Chamber Choir of Paris aura participé à plus de cinquante concerts ou événements, et préparé plus de vingt programmes différents.

En 2006, l’Irish Chamber Choir of Paris a contribué aux commémorations du Centenaire de Samuel Beckett. A cette occasion, deux compositions contemporaines ont été commandées à des compositeurs français et irlandais : Dominique Probst et Jane O’Leary.

Jean-Charles Léon

Jean-Charles Léon, chef de Chœur créateur de l’Irish Chamber Choir of Paris, est professeur agrégé, musicologue, chercheur associé au Centre de Musique baroque de Versailles. Spécialiste des sources musicales de la période baroque, il propose, à travers ses nombreuses transcriptions et programmes de concert, des techniques de lectures novatrices. Ses théories sont exposées dans diverses revues musicologiques, lors de colloques ou de conférences. Il est également responsable de deux collections de partitions et participe à divers projets d’éditions de théâtre mêlé de musique. En 2009, il édite, en collaboration avec Christian Biet, la Céciliade d’Abraham Blondet et Nicolas Soret aux éditions Garnier-Flammarion. Il édite également, avec Martial Poirson, Cendrillon de La Ruette, aux éditions Espace 34. Depuis 2004, Jean-Charles Léon dirige le Chœur de chambre du Centre Culturel Irlandais avec lequel il fait de nombreux concerts. Parallèlement, il collabore avec des ensembles prestigieux (A Sei Voci, Maîtrise de Notre Dame) et le Lachrimae Consort avec son ami Philippe Foulon jusqu’en juillet 2006, et qu’il dirige dans plusieurs festivals comme le Festival de Sablé ou d’Ambronay.

Le concert dans le Haut-Verdon :

Musique au temps des Irlandais et de Vauban

Le concert proposé comprendra des œuvres du Grand Siècle qu’aura pu entendre Vauban et les officiers irlandais immigrés et servant dans les Armées de Louis XIV, notamment dans les Alpes.

Charles d’Helfer : Missa Deliciæ regum. Cette messe était régulièrement chantée à la Cour. Sébastien de Brossard la considérait comme l’une des plus belles de l’époque.

Henri Du Mont : Motets, Litanies de la Vierge Marie. Henri Du Mont est considéré comme l’un des grands maîtres de musique de la fin du Grand Siècle. Il fut maître de musique de Louis XIV de 1661 à 1683.

Jean-Baptiste Geoffroy : Te Deum tiré des Musica sacra de 1656.

Plain chant tiré de l’Antiphonaire conservé à Colmar-les-Alpes.

Arrangement pour chœur de femmes (10 à 15 chanteuses) et clavecin.

Des Irlandais dans les Alpes ? Hier et aujourd'hui...

Présentation du concert de l'Irish Chamber Choir par Olivier Joseph

Le concert qui sera donné dans le Haut-Verdon, les 18, 19 et 21 août 2011, et dont les répétitions auront lieu à Peyresq, a été présenté en avant-première, le 30 mars 2011, au Centre Culturel Irlandais de Paris. À cette occasion, Olivier Joseph a expliqué l’origine de ce concert et le lien, qui paraît surprenant au premier abord, de Vauban, des Irlandais et des montagnes du Haut-Verdon.

Ce concert est né d'une rencontre improbable, à la terrasse d'un café, à l'ombre des remparts de Colmars-les-Alpes.

Située sur le cours supérieur du Verdon, dans les Alpes de Haute-Provence, Colmars et une petite ville – aujourd'hui, un village – entouré de remparts médiévaux et et dominée par deux forts conçus par Sébastien Le Prestre de Vauban et son adjoint Guy Creuzet de Richerand, en 1693.

Colmars et posée au creux d'un cirque de montagnes, culminant pour certaines à 3000 mètres d'altitude et qui ont pour nom : Rochecline, Encombrette, Noncière, Autapie, Gardette, Sangraure, Joyeuse, Michone, Laupon, Coyer, Pelens, Pelat...

C'est dans cet écrin enchanteur, qu'un musicologue de la période baroque et chef de chœur en vacances, Jean-Charles Léon, questionna l'historien local, tricorne sur la tête, épée à la ceinture, préparant un spectacle historique sur la visite de Vauban en 1700 : combien d'habitants au XVIIe siècle ? quels métiers pour ce peuple de montagnards ? combien de cabarets ? quels animaux dans les étables ?

Par petites touches, mes réponses, rendues possibles par une longue fréquentation des archives, permettaient à Jean-Charles Léon de reconstituer des sons, des bruits, des cris. Autant d'ambiances oubliées.

Inutile de vous dire qu’à cet instant , le musicologue et l’historien s’entendaient déjà comme larrons en foire.

Je profitais alors de ma prise - eh quoi ! un musicologue de la période baroque en vacances, ça ne court pas les rues de Colmars-les-Alpes - pour lui poser deux questions qui me turlupinaient :

• Lorsque Louis XIV ordonnait de brûler un feu de joie et de chanter un Te Deum, à l'occasion d'une naissance, d'un mariage, d'une victoire, que chantait-on ? Et avec quels choristes ? Et avec quels instruments ?

• Et puis encore : à l'occasion de son séjour de dix jours, en octobre 1700, quels chants, le très catholique Vauban avait-il entendu durant les offices dans l'église paroissiale Saint-Martin ?

Aucun document d'archives ne m'a jamais livré la moindre réponse, alors même que les montagnards furent parmi les plus gros producteurs d'archives de la France d'Ancien Régime.

Et Jean-Charles Léon n'en n'avait pas la moindre idée.

Qu'importe !

C’est précisément de ce manque d'archives qu'est né le concert de ce soir : imaginer, à partir des connaissances musicologique de Jean-Charles Léon, et du talent du Chœur Irlandais de Paris, un office tel que Vauban aurait pu l'entendre en octobre 1700, dans la petite ville de Colmars-les-Alpes. Le créer ici, dans le Centre Culturel Irlandais. Puis venir le donner dans la vallée du Haut-Verdon, cet été, lors d’une semaine consacrée à Vauban et aux montagnards du XVIIe siècle.

Et les Irlandais ?

Pourquoi donc accoler les Irlandais à Vauban et plus encore aux montagnes du Haut-Verdon ?

Ce n’est pas ici, dans la chapelle du Centre Culturel Irlandais de Paris, devant vous, que je vais me lancer dans une longue explication de ce qu'a été l'épopée, douloureuse, mais glorieuse, de la Brigade Irlandaise et des Oies Sauvages. L’esprit des Dillon, O'Mahony, Mountcashel, Bulkeley, Clare, O'Brian, O'Neill, Laly, Walsh... plane dans ces murs, et leurs descendants sont peut être ici même ce soir.

Je ne vais donc pas relater les hauts faits irlandais des dernières guerres du règne de Louis XIV, sur tous les fronts, et notamment sur celui d'Italie, sous les ordres du maréchal Catinat : Staffarde, La Marsaille, Crémone...

Ce soir, il s'agit des Alpes...

Des Irlandais qui tenaient les cols des Alpes lorsque les combats devenaient impossibles dans la plaine du Pô. Des Irlandais qui défendaient les places fortes du Haut-Dauphiné et de la Provence, lorsque l'ennemi trouvait la faille dans le système défensif des cols alpins. Et des Irlandais qui conquirent et occupèrent la Savoie, le Comté de Nice et la vallée de Barcelonnette, alors possessions de notre remuant voisin : le Duc de Savoie.

Les Oies Sauvages jouèrent un rôle capital dans la petite armée des Alpes, entre 1690 et 1713.

C'est ainsi que le régiment Irlandais de Clan Carthy-Mountcashel participa à la défense du Haut-Dauphiné en août 1692, lorsque les Savoyards et leurs alliés Espagnols et Impériaux passèrent les cols et mirent le siège devant Guillestre et Embrun. Si les Irlandais furent malheureux dans la défense de Guillestre - des murailles qui valaient à peine celles de Versailles, écrira plus tard Vauban -, ils furent héroïques durant le siège d'Embrun. Défendant « une des plus mauvaises places du royaume» - c'est toujours Vauban qui écrit - onze jours durant, avant de se retirer à Grenoble, avec les honneurs de la Guerre : étendards déployés, tambours battant, balles en bouche, mèches allumées.

Les registres paroissiaux de Guillestre et d'Embrun portent d'ailleurs la mention de quelques soldats irlandais de Dublin, morts durant cette période. Les Oies Sauvages furent encore essentielles dans la défense de Toulon, assiégée par le Duc de Savoie et le Prince Eugène, en 1707. Sous le commandement du lieutenant-général Arthur Dillon, leur chef, elles entreprirent une formidable randonnée alpine qui les mena de Briançon à Toulon, en quelques jours. Franchissant cols et vallées au pas de course, les irlandais passèrent à Colmars, où ils purent déguster - au moins leurs officiers supérieurs... - quelques délicieuses truites du Lac d'Allos, qui étaient alors réputées dans tout le Royaume. Les documents l'attestent !

Arthur Dillon commanda, entre 1706 et 1713, la région de Briançon, verrou essentiel de la défense du massif Alpin. On connait de lui plusieurs mémoires sur les passages des Alpes, et la défense de la vallée de l'Ubaye. En collaboration avec Vauban, on lui doit aussi d'avoir imaginé quelques-uns des forts qui entourent la ville, dont le système défensif est aujourd'hui classé au Patrimoine de l'Humanité par l'Unesco.

C’est à Arthur Dillon qu’on doit encore la victoire, modeste certes, mais victoire tout de même… de la Vachette : violente embuscade, à l’été 1709, dans un hameau de Briançon, qui permit de stopper net la volonté des savoyards et de leurs alliés Impériaux d’envahir une nouvelle fois le Haut-Dauphiné, afin de porter la guerre au coeur du Royaume de France.

Quant au plus célèbre officier des Oies Sauvages, James Fitz James maréchal de Berwick, le commandement de l'Armée des Alpes lui fut confié alors que tout semblait perdu pour les armées du Roi de France, au sortir du terrible hiver 1709. C'est notamment à Berwick, à Dillon, et même au Roi James III venu incognito à Briançon, à leurs subalternes et aux régiments Irlandais, mais aussi aux Milices Bourgeoises de Briançon et aux Fusiliers de Montagne, sans oublier leur commandant en chef entre 1690 et 1696, Nicolas Catinat de la Fauconnerie, qu'on doit la naissance de troupes aguerries au déplacemen et aux combats en pleine montagne.

Et cette tradition alpine des régiments irlandais allait se poursuivre jusqu'à nos jours : en 1791, le régiment Berwick Infanterie devint le 88ème Régiment de Ligne ; en 1794, le 1er Bataillon du 88ème fut intégré à la 159ème Demi-Brigade d'Infanterie ; en 1887, enfin, il devint le 159 Régiment d'Infanterie Alpine qui prit ses quartiers à Briançon. Où sa caserne fut bientôt connue sous le nom de Quartier Berwick.

Jusqu'à la dissolution très récente du 15/9...

Ce sont d'ailleurs, petite parenthèse, les soldats du 159e Régiment d'Infanterie Alpine, héritiers modernes des Irlandais qui combattirent dans les Alpes sous Louis XIV, qui introduisirent le ski en France ! Raison de plus pour ne pas les oublier lorsque vous viendrez skier à Montgenèvre ou dans nos Alpes du Sud !

Si la mémoire d'Arthur Dillon est aujourd'hui un peu oubliée dans les Alpes, celle de Berwick est toujours présente : un retranchement de campagne, mur de pierre sèche qui court sur plus de 20 kilomètres en pleine montagne, entre 2000 et 3000 mètres d'altitude, depuis Briançon jusqu'à la Savoie, et qui est aujourd'hui encore parfaitement visible, porte le nom de Muraille de Berwick. Même si ce n'est pas Berwick qui en est le concepteur !

À Barcelonnette, une statue de Berwick, sculptée en 1923 par Paul Landowski - le sculpteur du Christ Rédempteur de Rio de Janeiro et du Mur des Réformateurs de Genève - rappelle le rôle important joué par le maréchal lors du rattachement de la vallée de l'Ubaye à la France, en 1713. J'ai même retrouvé des articles de militants communistes ubayens – Ernest Borrély, pour ne pas le citer, mari de la fameuse romancière basse-alpine, Maria Borrély –, célébrant avec enthousiasme la mémoire du fils illégitime du roi James II !

Et nous voici, malgré ces détours par les cols et les cimes des Alpes, et par les Irlandais qui les ont défendus entre 1690 et 17013, de retour vers Vauban et vers ce concert.

Lorsque Vauban écrivait, en 1697, au Ministre de la Guerre: « Souvenez-vous aussi, Monseigneur, des pauvres Irlandois. Ils ont bien servi pendant cette guerre. Ce sont des troupes très valeureuses et de pauvres gens chassés de leur pays par l'intérêt de leur religion et par la fidélité due à leur Roy qui sont dignes de compassion. », on peut être assuré qu'il songeait à Arthur Dillon et à ses Irlandais, rencontrés sur les chemins des Alpes, lors de son grand voyage d'inspection de 1692.

Contact : Olivier Joseph – olivierjoseph@cegetel.net

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