Né en 1685, mort en 1750, J.S. Bach
n'est cependant pas un compositeur représentatif de
l'Age des Lumières germanique. De fait, Bach, incompris
ou mal compris de ses contemporains, représentait pour
eux la survivance d'un goût démodé, du
style contrapunctique, des artifices intellectuels du
passé. En réalité, Bach explora tous les
domaines de l'écriture musicale comme s'il voulait dans
son uvre reconstituer toute l'histoire de la
musique.
Le souci majeur de Bach était de
convaincre de la vérité de la foi et il
mobilisait à cet effet toutes les ressources de la
rhétorique.
Trop longtemps négligée au
XIXè et au XXè siècles la
rhétorique (musicale) est pourtant la clé
essentielle, sinon unique, pour pénétrer
l'univers musical de Bach, dont l'uvre constitue
certainement l'apogée de la pensée
rhétorique dans la musique occidentale. Tout
l'itinéraire de Bach est marqué par la
"Théorie des passions", héritée de la
rhétorique et codifiée par le savant
jésuite Athanasius Kircher (1601-1680). Il fallait que
les sons ou les phrases musicales reproduisent les
différents sentiments ou "passions". L'ornementation
n'est plus alors un attribut secondaire mais reflète au
contraire l'harmonie divine. A la recherche de la perfection,
Bach, particulièrement dans les dix dernières
années de sa vie, s'est aussi tourné vers des
expériences spéculatives où le fondement
de la musique reste le nombre, considéré comme un
instrument de l'expression, mais aussi comme symbole. Le
rôle du nombre chez Bach reste cependant peu clair et
l'un des objectifs de ce colloque est d'en mesurer les limites
et le véritable intérêt.