Simon Diner

 

ETAT DES LIEUX PUBLICS

     

 

Pouvoir séparément parler d'Art et parler de Science est la marque d'une époque qui vit des dichotomies profondes et des dualismes stériles. D'une époque qui rêve de transdisciplinarité et qui cultive la séparation des savoirs et des savoirs faire. D'une époque qui répand la connaissance tout en cherchant à en cacher le sens. D'une époque qui dissimule son unité profonde en clamant la mort des idéologies. D'une époque qui ne connaît pas le partage et vit sans cesse dans la définition de territoires, chasses gardées soumises aux  raids des puissances du capitalisme régnant.

Le pouvoir et l'argent divisent. L'Art et la Science sont pris dans ces courants de l'histoire qui séparent les hommes des femmes, les riches des pauvres, les intellectuels des manuels, les producteurs des spéculateurs et qui ne s'accordent que sur le point de transformer tous les individus en consommateurs.

 

Les musées d'art ne font jamais place à la science ; les musées de science ne font appel à l'art que pour des raisons documentaires. L'enseignement général ne fait presque aucune place à l'histoire de l'art et n'en fait aucune à l'histoire de la science  tout tourné qu'il est vers l'histoire de la littérature. Comme si l'art non littéraire et la science n'étaient pas des langages.

Les enseignements littéraires sont soigneusement isolés des enseignements scientifiques, alors que les mathématiques "modernes" et la linguistique contemporaine auraient pu servir à les rapprocher.

 

Les expositions qui allient l'Art et la Science sont rares. Les grandes expositions thématiques sur l'Art et la Culture sont en général muettes sur la Science de l'époque envisagée. Comment peut-on envisager au Centre Georges Pompidou de Paris une exposition sur la culture allemande dans les trente premières années de ce siècle : " PARIS - BERLIN. 1900 - 1933" (1978) sans évoquer la Science Allemande qui occupe à l'époque une position dominante et révolutionne notre conception du monde (Relativité - Mécanique Quantique) ?

 

Quand l’Albertina de Vienne organise la plus grande exposition Dürer des dernières décennies ( automne 2003 ), le volumineux catalogue se borne à énumérer en cinq lignes les trois ouvrages savants de l’artiste, publiés de 1525 à 1528.

Quand le Musée d’Orsay à Paris, veut expliquer la naissance de l’art abstrait ( Aux origines de l’abstraction. 1800-1914. Hiver 2003-2004), par l’autonomisation de la couleur au XIX ème siècle, il se garde bien d’introduire dans l’équipe organisatrice un historien des sciences ou à fortiori un physicien spécialiste de la couleur. Tout se traite entre historiens d’art et conservateurs de musée. Il en résulte une exposition consacrée à la couleur, où le visiteur ordinaire ignorant des théories scientifiques de la perception colorée, repart cuirassé de ses préjugés naïfs sur un phénomène d’une grande complexité qui garde encore bien des mystères. Sans parler de toutes les impropriétés scientifiques relevées de ci de là, ou de l’absence de la mention de Gustav Kirchoff, le père de la spectroscopie, fondement de toute science de la couleur.

 

 

N'est-ce pas là le signe indubitable de ce fossé qui s'est creusé et s'accroît entre l'Art, considéré comme Humanisme et la Science figée dans une posture inhumaine. La Science fait-elle peur ? Sans aucun doute, car elle s'ouvre aujourd'hui sur des mondes abstraits, mystérieux et lointains. A côté d'elle la technologie fait figure d'animal sauvage en captivité. De ce fait, les rapports entre l'Art et la Technologie, toujours très profonds, n'ont cessé de s'affirmer au XXe siècle. De nombreux projets et de nombreuses expositions témoignent de cette interaction.

 

Ainsi, par exemple, l'aventure menée de 1967 à 1971 par Los Angeles County Museum of Art et relatée dans un rapport riche en textes et en images : Art and technology. A Report on the Art and technology Program of the Los Angeles County Museum of Art, 1967 - 1971 Viking Presse. N.Y. 1971. Une aventure à la mesure de ces expériences pionnières que furent le Bauhaus (1919 - 1933) ou l'Ecole d'Ulm, à l'origine de la notion de "design".

 

Aussi, peut-on considérer comme représentatives des expositions comme :

         Design, miroir du siècle

         présentée au Grand Palais à Paris du 19 mai au 25 juillet 1993

         ou

         l'Art de l'ingénieur,

         Eté 1997 au Centre Georges Pompidou

 

Sans parler bien sûr de l'interaction profonde entre la pratique artistique et les technologies maîtresses du XXe siècle, comme les matériaux plastiques, le laser et... l'informatique.

 

D'une certaine manière l'art contemporain n'a que simulations et images virtuelles à la bouche. Esthétique numérique, figures fractales, design informatique  s'infiltrent de toute part dans le champ artistique.

 

Mais où est la Science dans tout cela ?

N'aurait-elle rien à dire ?

 

L'Art et la technologie ont toujours interagi. Mais une technologie ne fait pas l'art pas plus qu'elle ne fait la science. L'usage massif et monstrueux de la technologie dans l'art comme dans la science contemporaine ne fait bien souvent  qu'accentuer le manque de signification profonde de ces activités. Des déluges de faits dans des déserts d'idées.

 

De temps en temps une manifestation tente de s'opposer à cet état de fait regrettable.

 

A Bruxelles, en 1984, (Palais des Beaux-Arts), une exposition sur l'Art et le Temps - Regards sur la quatrième dimension, donne lieu à des remarquables contributions de l'Ecole de I. Prigogine, reflétées dans un superbe catalogue. Grégoire Nicolis y aborde en particulier dans une brève note le problème des "Brisures de symétrie et perception des formes". Il y déclare justement que les formes et les rythmes présents dans l'univers de l'artiste sont en réalité profondément enracinés dans les lois de la nature. Rapport profond entre la dynamique et les formes. Rapport que la théorie moderne des systèmes dynamiques révèle et exemplifie.

 

Du 1er juin au 24 août 1986 se tient à Darmstadt une exposition "encyclopédique" sur "La Symétrie dans l'Art, la Nature et la Science", avec publication d'un gigantesque catalogue en deux volumes. Manifestation trop brève et trop discrète. Le catalogue, en allemand, n'a pas connu de version anglaise.

 

Art et symétrie est un des thèmes traditionnels de contact entre les arts et les sciences, en fait entre l'art et les mathématiques. Tradition fort ancienne puisque c'est là le courant pythagorico-platonicien d'explication de l'harmonie artistique. Courant qui se matérialise dans la création artistique par toutes les considérations qui entourent le nombre d'or et les tracés régulateurs, sans parler de toutes les théories scientifiques de la musique.

 

Manifestations multiples du problème commun à l'Art et à la Science : l'appropriation de l'espace. Problème qui atteint son point d'orgue dans les considérations géométrique liées à la perspective.

 

On doit rappeler là, l'intérêt explicite pour ces problèmes de la part des grands artistes : Pierro della Francesca, Albrecht Dürer, Leonardo da Vinci, Pierre Paul Rubens, Paul Seurat ou des peintres abstraits, cubistes ou avant-gardistes.

Sans parler du cas exceptionnel de Max Escher, sujet d'un Congrès International à Rome en mars 1985 : M.C. Escher, Art and Science.

 

Congrès organisé par deux des plus grands mathématiciens géomètres contemporains : H.S.M. Coxeter et Roger Penrose, ainsi que par un mathématicien italien Michele Emmer qui se signale par ses admirables publications sur l'Art et les Mathématiques. Ce dernier mathématicien est aussi collaborateur de "Leonardo", Journal de la Société Internationale pour les Arts, les Sciences et la Technologie, qui se présente comme le journal de ceux qui sont intéressés par les applications de la science contemporaine et de la technologie aux arts et à la musique et qui est publié par les Presses du M.I.T.

 

En 1994, "Leonardo" a publié un numéro spécial : "Prometheus : Art, Science and Technology in the Former Soviet Union"  où sont présentées des contributions russes très originales sur les rapports entre l'Art et la Science.

 

Mais dans toutes ces allées et venues entre l'Art et la Science, l'Art et les Mathématiques, le thème principal est celui de l'Espace, de la Géométrie, et de la Symétrie. La perspective, les géométries non euclidiennes, les fractales ou les pavages de recouvrement de l'espace sont des thèmes de la Géométrie, qui répondent dans l'Art aux questions d'Harmonie, d'Esthétique, de Proportions, d'Ordonnancement sinon d'Ordre.

 

Thèmes pythagorico-platoniciens qui tombent sous le coup de la critique majeure qu'Aristote faisait à Platon : ne pas tenir compte du mouvement.

 

En 1997 paraît à Vienne (Autriche) un ouvrage capital de Peter Weibel :

Jenseits von Kunst

(Au-delà de l'Art)       

Ouvrage qui donne lieu à une exposition intéressante : Budapest (1996), Graz (1997) et Anvers (1998).

Pour la première fois une présentation culturelle d'ensemble, la culture austro-hongroise du XXe siècle, intègre simultanément l'Art et la Science. Ce travail est une grande première culturelle et mériterait d'être traduit en anglais.

Peter Weibel a étudié la littérature, la médecine, la logique, la philosophie et le cinéma. Il a soutenu une thèsee sur la logique mathématique. Il est actif comme artiste, théoricien de l'art et des média, commissaire d'exposition. Depuis 1999 il est le directeur du ZKM (Zenter für Kunst und Medientechnologie) de Karlsruhe, un des grands lieux de l'art et des technologies numériques.

Dans "Au-delà de l'Art", Peter Weibel montre comment depuis le tournant du siècle jusqu'à nos jours l'Autriche et la Hongrie ont contribué à la culture mondiale par des courants artistiques tels le constructivisme, l'art cinétique et l'art optique, l'actionisme ou l'architecture visionnaire et par des courants de pensée tels que la philosophie analytique, la théorie du jeu, la cybernétique, la psychanalyse et la physique quantique.

Il insiste sur la stupéfiante relation entre l'art et la science non pas tant par la phénoménologie des résultats, mais la similitude sur le plan des méthodes et des problématiques.

 

Dans son ouvrage, l'Art et la Science sont présentées en contrepoint, dans un découpage qui constitue une manière de programme modèle.

                           1.       Perception et mouvement

                           2.       Symétrie et brisure de symétrie

                           3.       Mesure et observation

                           4.       Mathématique et physique

                           5.       Cybernétique, information et art d'ordinateur

                           6.       Théorie de la science et de l'art

                           7.       Evolution, systèmes et théorie des jeux

                           8.       Psychanalyse et actionisme

                           9.       Vision et déconstruction

                           10.     Communication visuelle    

 

On peut regretter que l'exposition se soit présentée d'une manière trop évocatrice ne permettant pas, au non initié de prendre une véritable mesure de l'incroyable richesse du panorama présenté. Il y a là matière non pas pour une exposition mais pour dix, pour cent.

Enumérons quelques instants forts de l'ouvrage : l'analyse du mouvement (Marey, Muybridge, Mach), la psychologie de la forme (von Ehrenfels, Meinong, Köhler) la vision (Kanisza, Julesz) neuropsychologie et sciences cognitives (Exner, von Foersters, von Bertalanffy, von Bekesy), le cinétisme viennois, le constructivisme viennois, Moholoy Nagy, synesthésie peinture musique, cinétisme optique de Vasarely, sculptures cybernétiques de N. Schöffer, G. Kanisza et la grammaire de la vision, D. Gabor et l'holographie, François et Vera Molnar, Logique des Formes.

Dynamique des couleurs  (A. Nemcsics), autoorganisation et systèmes dynamiques, symétrie et brisure de symétrie, fractals, chaos, von Neumann, Schrödinger, Pauli, l'irréversibilité, les grands mathématiciens hongrois (Riesz, Polyas, Renyi, Erdös, Halmos), Gödel, Szilard, Wigner,Teller, la cybernetique,von Foerster, von Neumann, l'art électronique, von Bertalanffy et la théorie des systèmes, Hajdu. L'art comme système vivant, la théorie des jeux, l'évolution moléculaire, la vie artificielle, Mach, les frères Polanyi, Lukacs, Moholy Nagy, le positivisme logique, Carnap, Reichenbach, Wittgenstein, Popper, Feyerabend, la psychanalyse, l'actionisme, Freud, Ferenczi, Adler, Balint, Reich, Breuer, la déconstruction, l'information, Seebock, la sémiotique, l'iconicité.

 

Hallucinante traversée du XXe siècle au milieu d'une multitude d'artistes et de créateurs.

 

Signalons que s'est tenue au Palais de la Découverte à Paris de mai 1998 à janvier 1999, une remarquable exposition. Le Théâtre des Sens. Elle a donné lieu à un petit livre, véritable chef d'oeuvre en matière de communication art et science. L'ABCdaire des Cinq Sens (Flammarion 1998) devrait fait l'objet d'une diffusion massive dans l'enseignement secondaire. C'est une propédeutique des rapports entre l'art et la science.

 

La musique a toujours entretenu des rapports privilégiés avec les mathématiques et la physique. S'y adjoignent aujourd'hui la physiologie et les sciences cognitives. La musique faisait déjà partie du fameux quadrivium médiéval : arithmétique, géométrie, astronomie et musique. Elle profite largement de tous les progrès des sciences fondamentales et il n'est pas étonnant de constater l'existence de lieux exceptionnels de recherche musicale comme l'IRCAM à Paris. Mais l'éducation musicale n'est pas suffisamment répandue et l'enseignement de la musique pas assez ouvert, pour que la musique serve de média privilégié pour la diffusion de la culture "art-science". La pitoyable réception de la musique contemporaine par le public est liée à l'immense inculture de celui-ci. Et ce n'est pas le succès populaire de la musique électronique qui changera grand chose à cet état de fait.

 

Bouleversant progressivement bien des façons d'être de nos sociétés l'apparition des nouveaux moyens de communication promet de changer le paysage des rapports entre l'art et la science.

Il y a d'abord une diffusion de l'information qui déborde largement les cadres traditionnels et institutionnels.

Ainsi, la portée par exemple d'une revue spécialisée dans les rapports Art/Science/Technologie, comme "Leonardo" se trouve démultipliée par la mise en place d'un site francophone proposant des informations, des repères et des liens dans "l'univers Leonardo" : OLATS (Observatoire Leonardo des Arts et des Technosciences).

 

                  [ http://cyberworkers.com/Leonardo/OLATS ]

 

Il y a la mise à disposition du public d'immenses ressources documentaires qui représentent des bibliothèques virtuellement imaginables mais totalement inaccessibles autrement.

Il y a enfin l'existence d'aires de travail communes entre artistes et scientifiques de par l'emploi généralisé d'outils informatiques. Ces aires se situent en particulier dans tous ces nouveaux champs que l'on nomme art électronique, arts numériques, imagerie numérique, arts médiatiques. L'ordinateur remplaçant le pinceau et le crayon ne se borne pas à changer les techniques de représentation mais en faisant appel à l'intelligence artificielle, bouleverse de fond en comble notre rapport à l'image et à la connaissance.

 

Reprenons à notre compte cette déclaration du groupe de Recherche sur les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication de l’Université de Montréal :

«  Il est à noter que l’avènement des NTIC rend inopérante jusqu’à un certain point la distinction entre artistes et scientifiques. Les premiers doivent développer des attitudes créatrices pour faire face aux nouveaux défis qui attendent le discours critique dans son nouvel environnement intermédiatique, les seconds développent de plus en plus une approche critique des discours et des pratiques artistiques , en réponse aux changements survenus dans les modes d’expression et de cognition. En cela , le projet coincide avec les attentes, les objectifs et les réalisations d’une nouvelle génération montante d’artistes chercheurs et de chercheurs artistes. Comme bon nombre d’artistes et de critiques le soulignent , on ne saurait désormais parler ni d’autonomie de la sphère artistique, ni de clôture auto-référentielle de la pensée théorique. Cet échange compris comme croisement des compétences et des objectifs, qu’il y ait projet en commun ou simples interférences de territoires et d’approches, est un des premiers effets de la révolution « copernicienne » dans les rapports entre les arts, les scioences et les technologies. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie générale

 

Force est de constater que la richesse du sujet donne lieu à une profusion insoupçonnée de publications. Prendre conscience de cet état de fait "public" constitue déjà en soi un rapprochement entre art et science.

 

On se bornera à énumérer ici quelques ouvrages généraux, qui constituent des plate-formes d'orientation et de méditation.

 

E. STROSBERG. Art et Science. UNESCO. 1999

P. WEIBEL (Hg) . Jenseits von Kunst, Passagen Verlag . Wien 1997

M. POLLOCK (ed). Dénominateurs communs aux arts et aux sciences. Centre Interdisciplinaire d'Etudes et de Recherches sur l'Expression Contemporaine. CIEREC. Université de Saint-Etienne .1986

M. LOI (ed). Mathématiques et Art.  Hermann 1995

J.L. BINET (ed). La création vagabonde. Hermann 1986

J.A. GOGUEN (ed) ; Art and the brain ; Journal of Consciouness  Studies Controversies in science and the humanities. Volume 6 (1999 June-July

A.I. TAUBER (ed). The  elusive synthesis : Aesthetics and Science.  Kluwer 1996

E. MANZINI. La matière de l'invention. Centre Georges Pompidou 1998

J. GAGE. Colour and Meaning. Art, science and symbolism. Thames and Hudson 1899

J.C. CHIROLLET. Les mémoires de l'art. PUF 1998

S.Mc ADAMS/I.DELIEGE (eds). La musique et les sciences cognitives. Mardaga. Liège. 1989

Quadrivium. Musique et sciences.Editions IMPC. La Villette Paris 1992

H. GENEVOIS et Y. ORLAREY (eds). Musique et Mathématiques. Aléas. Lyon 1997

N.K. HAYLES. Chaos bound. Orderly disorder in contemporary litterature and science.

Cornell University Press. Ithaca 1990

 

 

Note sur la situation dans l’enseignement et les universités.

 

En Juillet 2001, le très officiel Council for Science and Technology britannique, qui sert de conseil au Premier Ministre, a publié un rapport :

 

Imagination and Understanding

A Report on the Arts and Humanities in relation to Science and Technology

http://www.cst.gov.uk/cst/imagination.htm

 

Ses conclusions sont sans équivoque:

 

  Les plus grands défis auxquels doit faire face la société britannique- la globalisation, l’inclusion (c.a.d. la non exclusion d’une partie de la population) et l’impact de la science sur la société- sont de ceux où les arts et les humanités, la science et la technologie ont besoin les uns des autres.

 

Dans la société moderne régie par une économie globale, le concept d’une frontière distinguable entre la science , les arts et les humanités est anachronique. Les succès économiques dépendent de plus en plus de la création, de la communication, de la compréhension et de l’utilisation d’idées et d’images. On voit apparaître des activités de « technologie art-science » comme la musique par ordinateur ou la synthèse d’images.

 

La conclusion de ce rapport est que les relations entre les arts et les sciences- dans l’éducation, la recherche, l’innovation et l’industrie ainsi que dans la société en général- sont d’une importance considérable et croissante pour la science et la technologie. C’est dans l’intérêt de la science et de la technologie que les divisions archaïques entre les arts et les sciences doivent être mises en question et réduites.

 

 

 

 

 

Ce rapport est un évènement, car c’est la première fois que l’on propose à ce niveau (le premier ministre) une refonte de tout l’enseignement axée sur le rapprochement entre l’art et la science. Avec comme argument politique que cela sera pour le plus grand profit de la science et de la technologie.

 

En 1998, Jean Claude Risset avait remis au ministre de l’éducation nationale de l’époque ( Claude Allègre) un rapport « Art-Science-Technologie) qui avait été commandé sur le constat que : 

Le domaine des arts est important pour lui même, mais aussi en relation avec l’efflorescence du numérique. Les arts alimentent des industries culturelles au marché potentiel considérable... L’art peut aussi être le moteur de l’innovation scientifique et technologique.

 

Mais les conclusions de ce rapport concernent plutôt des actions générales d’intérêt socio-économique et culturel, mais n’aborde pas de front le problème de la réforme de l’enseignement comme le fait le rapport anglais. Celui ci prône en effet un véritable changement d’attitude vis à vis des relations entre art et science, au moyen d’une réforme pédagogique profonde depuis le primaire jusqu’à l’université.

C’est d’ailleurs ce que prônait déjà en 1997 un rapport hollandais du Advisory Council for Science and Technology Policy :

 

Interaction between the arts and science

Use of knowledge from the humanities and the social sciences in the traditionally science dominated sectors

 

Ce rapport concluait à la nécessité de réformes dans les universités, pour favoriser la maîtrise simultanée de plusieurs cultures (« Les deux cultures »).

 

Signalons aussi que dans les buts assignés à l’Université de Technologie de l’Information de Copenhague nouvellement crée figure en premier plan «  la création d’un environnement de Technologie de l’Information qui inclue les aspects clés des sciences de la nature, du secteur de l’économie , des arts et des humanités ».

 

Le besoin d’un rapprochement des arts et des sciences se fait jour partout.

Mais entre les recommandations générales et les actions véritables la route sera longue.