Kiosque

Art@Science

 
 
Ce kiosque n'est pas un regard innocent sur le monde contemporain. Il cherche à déceler ce que l'assaut technologique auquel l'art est soumis, révèle sur la nature des pratiques artistiques d'hier et d'aujourd'hui. Il tente de repérer les relations bilatérales entre l'art et la science, constituants d'une même culture. Il s'intéresse aux idées que l'art fournit à la science, et aux éclairages que la science fournit sur l'art.
Art et science ont aujourd'hui en commun d'être engagés sur des voies abstraites, même si dans notre univers informatisé les images et les sons pullulent. Ces démarches abstraites sont rendues possibles par la nature profonde du renouvellement des idées et des connaissances scientifiques au XX ème siècle.
 
L'art est essentiellement la création de formes et toute perception de formes peut constituer le départ d'une expérience artistique. C'est à travers les contributions de la science à l'univers des formes que s'établissent les relations les plus fertiles entre l'art et la science.
De ce point de vue il faut toujours garder à l'esprit six grandes caractéristiques du savoir contemporain.
 
Notre époque a vécu une renaissance de la science de la logique, qui n'avait connu précédemment dans la pensée occidentale que deux grands moments, assez courts d'ailleurs. La période de l'antiquité grecque entre 350 et 200 av. JC (Aristote). La période médiévale de 1100 à 1450.
La période contemporaine qui commence en 1850, s'accompagne d'un développement sans précédent des mathématiques et de la linguistique qui parfume toutes nos démarches, et sous tend la révolution informatique.
 
La mécanique, science du mouvement et modèle de toutes les sciences, a vécu une profonde révolution dans la seconde moitié du XX ème siècle. En s'ouvrant à l'étude de systèmes de plus en plus complexes (systèmes non linéaires) elle a exploré des mouvements irréguliers ( chaotiques même) et rendu compte de l'origine dynamique de bien des formes ( auto organisation). La théorie générale des systèmes dynamiques imprègne toutes les démarches scientifiques, de la physique à la biologie et aux sciences humaines, derrière la mise en place d'un thème mobilisateur : la complexité.
 
Après la matière et l'énergie, l'information est en passe de devenir le concept fondamental de toute la physique, faisant basculer une grande partie de nos conceptions de l'univers. Le monde de la matière se trouve occulté par le monde de l'information.
 
L'explosion des sciences cognitives permet d'ajouter à la description de l'espace physique la description de l'espace mental. L'art qui se situe à la conjonction de ces deux espaces, en est profondément affecté. Même si l'imagination humaine, croyant inventer de nouvelles formes, découvre souvent que celles ci coïncident avec celles que crée la nature.
 
Les progrès de la technologie et de l'imagerie informatiques ouvrent notre vision sur des mondes jusqu'alors inaccessibles aussi bien dans le nanomonde et le monde biologique que dans le cosmos, stimulant d'autant l'imagination artistique. Bien plus, l'informatique ouvre notre culture sur des mondes imaginaires et virtuels, transformant le caractère même de la culture, qui privilégie la création au dépens de la connaissance, méritant par là la dénomination de « troisième culture ».
 
Enfin nous vivons une époque où la nature même de la réalité est mise en cause par l'évolution de la frontière entre la nature et la technologie. Les avancées de la biotechnologie, du clonage et de l'intelligence artificielle, multiplient les problèmes éthiques et scientifiques, entretenant l'angoisse sur les possibilités d'une vie artificielle et sur les dangers que présentent les manipulations inconsidérées de la nature.
 
 
Plusieurs dynamiques contribuent aujourd'hui au rapprochement entre l'art et la science.
 
On constate tout d'abord un mouvement de la science vers l'art lié à l'évolution de la science qui tend à brouiller certaines des dichotomies sur lesquelles reposait la séparation entre art et science. Les frontières entre objectivité et subjectivité, analyticité et holisme, réductionnisme et non réductionnisme, ordre et désordre, deviennent plus floues dans la science contemporaine, qui laisse s'exprimer des démarches que l'on considérait jusqu'alors comme spécifiquement artistiques. La dialectique de la simplicité et de la complexité, qui fait le sel de l'attitude artistique, s'est installée au cœur même des théories scientifiques, en particulier lorsqu'elles abordent les systèmes complexes et les systèmes biologiques. L'activité des artistes se trouve soudainement plongée au centre des préoccupations scientifiques et répond aux mêmes interrogations. C'est que la science d'aujourd'hui ne cherche pas seulement à décrire le monde mais s'attache à élucider notre connaissance du monde. Elle vit massivement la réapparition du sujet connaissant, depuis l'observateur de la mécanique quantique, l'agent des théories subjectives des probabilités ou bien encore le sujet des sciences cognitives. Une subjectivité envahissante qui ouvre la science sur l'homme, et offre à l'artiste l'image « rassurante » d'une science moins à la recherche d'une domination du monde. Au fur et à mesure que la science s'engage dans des problématiques de plus en plus complexes, elle découvre les limites de la raison et s'interroge sur l'intelligibilité de l'univers. Ses questionnements rejoignent alors ceux de la pratique artistique en multipliant les points de vue et en privilégiant l'action créatrice au dépens du raisonnement abstrait.
La connaissance devient art et l'art devient connaissance, dans un univers culturel dominé par des idéaux de créativité.
 
Artistes et scientifiques vivent dans le même environnement technologique caractérisé par l'omniprésence de l'ordinateur. Leur activité quotidienne aux uns et aux autres est très proche, consistant bien souvent en des manipulations informatiques dans des univers virtuels. Entre la simulation numérique et le computer art, la marge est très faible. Entre l'imagerie scientifique et les arts électroniques la frontière est bien perméable. Elle est souvent franchie. La technologie remodèle la culture en imposant ses démarches à l'art et à la science.
 
 
Les informations de ce Kiosque reflètent à leur façon ces grands traits du paysage culturel contemporain, dont l'art est de toute façon un grand témoin.
 
 

Simon Diner (+ 2013)

 
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