MUSIQUE SILENCIEUSE

La musique dans la Peinture et les Arts décoratifs à l'Age baroque

 

Joëlle Elmyre DOUSSOT

 


PRELUDE

 

" Les philosophes les plus sensés ont mis la musique en parallèle avec l'Art de la Peinture ; par ce que l'on peut en juger par la disposition du dessin, l'ordre, les groupes,les contrastes, la perspective, le ton, la variété des couleurs,… enfin, toutes choses ensemble forment une harmonie qui a beaucoup de rapports à la Musique" écrivait, au XVIIè siècle déjà, le médecin et musicologue Pierre Bourdelot.

Grétry, quant à lui, estimait "que les sons graves ou bémolisés faisaient à ses oreilles le même effet que les couleurs rembrunies faisaient à ses yeux ; les sons aigus faisaient au contraire un effet semblable à celui des couleurs vives et tranchantes. Entre ces deux extrêmes se trouvaient toutes les couleurs qui sont en musique de même qu'en peinture."

Nous ne développerons pas plus avant ces essais de synesthésie, qui eurent parfois des prolongements curieux, tel ce " Clavecin oculaire ", œuvre du Père Castel, dans lequel un clavier semblable à celui d'un clavecin ordinaire ou d'un orgue commandait simultanément le jeu des tuyaux d'orgue et l'apparition de couleurs ou de peintures, ou d'une lanterne montée de verres colorés, ce qui faisait ironiquement dire à Voltaire :" C'est une musique pour les yeux… Il peint des menuets et de belles sarabandes. Tous les sourds de Paris sont invités aux concerts qu'il leur donne… "

Encore plus riche et intéressant nous semble être le rôle de la peinture dans le domaine de l'histoire de la musique et de l'organologie. A l'époque qui nous intéresse et qu'il faut bien, enfin, oser qualifier de baroque, la musique a connu son âge d'or et cet extraordinaire engouement a eu son prolongement naturel dans la peinture. Les tableaux, les panneaux décoratifs, les fresques, les tapisseries, les miniatures même… à sujets musicaux sont innombrables et cette production immense, la plupart du temps de très grande qualité, offre un vaste champ d'étude à l'historien de la peinture, comme à celui de la musique et au sociologue. Car la lecture de ces travaux peut se faire à plusieurs niveaux et l'on s'est beaucoup plus souvent intéressé à l'aspect sociologique -évolution des goûts et des modes- ou encore à l'aspect symbolique de ces œuvres -et, à cet égard, l'apport des études d'Albert de Mirimonde reste insurpassé- qu'à leur incomparable apport dans le domaine de l'organologie, qui nous intéresse particulièrement ici.

En effet, les tableaux sont, pour l'organologue, une très précieuse source de renseignements, aussi bien sur les formes des instruments et leur évolution que sur les matériaux utilisés pour leur fabrication, ainsi que sur les techniques de jeu ou les compositions orchestrales.

C'est donc cet aspect de l'iconographie musicale que nous nous proposons d'étudier ici, en adoptant, plutôt que la traditionnelle classification selon le genre des tableaux (historique, mythologique, religieux, allégorique…), une classification respectant les grandes catégories d'instruments (cordes, claviers, vents, percussions). Cependant, toute classification étant arbitraire et aucune ne donnant totalement satisfaction, nous avons cherché à éviter de longues et fastidieuses énumérations, en particulier dans le cas de tableaux présentant plusieurs instruments appartenant à des catégories différentes.

Quant au choix des œuvres présentées -une centaine sur plusieurs milliers répertoriées-, il a été fonction à la fois de la qualité de la reproduction que nous avons pu obtenir et de sa particulière exemplarité.

LES INSTRUMENTS A CORDES
LES INSTRUMENTS A CLAVIER
LES INSTRUMENTS A VENT
LES INSTRUMENTS A PERCUSSION
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE