Des populations aux communautés : dispersion des espèces végétales et dynamique des communautés. Implication pour la gestion de la diversité végétale.

 

MAHY Grégory

 

Laboratoire d’Ecologie – Unité Sol Ecologie Territoire, Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux, Belgique

 

 

Le paysage écologique est une entité en perpétuelle évolution dont la structure est fortement influencée par l’activité humaine. L’utilisation moderne du territoire a amené historiquement à une fragmentation des habitats naturels et semi-naturels résultant en un isolement et une diminution de taille des populations des espèces les occupant. Cette structure paysagère hypothèque la survie des populations à travers des effets de stochasticités environnementale et démographique et de dérive génétique.

La déprise agricole, les nouvelles politiques forestières et les programmes de conservation du patrimoine naturel donnent de nouvelles opportunités d’extension spontanée ou dirigée des habitats menacés et des populations des espèces qu’ils hébergent. Malheureusement, notre capacité à prédire quelles espèces tireront avantage de ces opportunités reste limitée par notre compréhension insuffisante des capacités de dispersion et de colonisation des espèces végétales.

La prédiction de la composition spécifique des unités écologiques des paysages futurs peut être fortement améliorée par l’étude des capacités de dispersion des espèces qui les composent selon plusieurs approches :

1. l’étude des pluies de graines et courbes de dispersion individuelles des espèces,

2. l’étude de la banque de graine,

3. l’étude de la recolonisation effective d’habitats restaurés.

A travers des exemples relatifs à différents types d’habitats, nous suggérons plusieurs conclusions importantes pour la gestion de la diversité végétale dans des paysages en évolution:

- Premièrement, les capacités de restauration de communautés végétales typiques comprenant un cortège floristique complet varient fortement d’une communauté à l’autre.

- Deuxièmement, dans de nombreux cas les caractéristiques de dispersion de la flore limitent la possibilité d’obtenir spontanément des communautés renfermant l’ensemble des espèces attendues. 

- Troisièmement, sur base des constats précédents, on doit s’interroger sur la possibilité de création volontaire de populations lorsque la probabilité de colonisation naturelle est faible.

Enfin, on s’interrogera sur la pertinence d’une politique de gestion du patrimoine naturel basée sur la protection et la restauration de communautés dont la typologie a été établie dans une structure paysagère qui n’est plus d’actualité.