Depuis deux siècles la Science de
l'Electricité façonne le devenir
technologique de nos sociétés et transforme
sans cesse notre vision du monde. Le XVIIè et le
XVIIIè siècles sont les siècles de
la Mécanique où règne une vision
d'un monde ordonné et rationnel qui s'exprime dans
la culture Baroque et la mentalité des
Lumières. Le XIXè et le XXè
siècles sont les siècles de
l'Electricité qui par delà ses
manifestations multiples, sources de la révolution
industrielle, s'avère participer d'une
manière centrale et essentielle à la
constitution de notre univers.
Le Dieu Electron, porteur de la charge
électronique fondamentale, régit la
matière et la lumière et préside
à toutes les activités biologiques,
fonctionnement cérébral compris.
C'est pour l'électron et à cause de lui
que sont forgées la plupart des théories de
la physique : électromagnétisme,
relativité restreinte, mécanique quantique.
C'est lui qui est responsable de l'apparition d'un
nouveau concept qui va envahir toute la physique : le
champ.
Il est à l'origine de l'émergence d'une
catégorie fondamentale de notre description de la
nature, qui se substitue à la matière et
à l'énergie, l'information.
Témoin de son temps, l'art du XXè
siècle subit de plein fouet les cataclysmes
conceptuels provoqués par
l'électricté. Entre l'art et la vision du
monde de la science se nouent des dépendances
organiques.
Les artistes modernes et contemporains,
pénétrant dans l'espace-champ
électrique, se sont emparés de cette
matière-énergie, de cette
matière-lumière pour explorer des domaines
nouveaux et souvent inaccessibles à la perception
humaine, et pour transmettre des sensations de mouvement
et de vie. Enfin, de manière plus
générale, la lumière
électrique, l'énergie électrique
abolissent aujourd'hui le temps et l'espace et ouvrent de
façon radicale et irréversible les champs
de la communication immédiate et
généralisée.
Pour Frank Popper, qui a coordonné l'exposition
"Electra" au MAM de la ville de Paris en 1983,
l'électricité, l'électronique sont
à l'origine d'un mouvement qui peut être
qualifié de Modern Light Art, mouvement qui vit le
jour au début des années 1920 et qui,
associé à la vidéo, au laser,
à l'holographie, à la cybernétique,
à l'ordinateur, continue à se
développer, jusqu'à aujourd'hui. En
utilisant l'immense potentiel esthétique des
phénomènes lumineux, les artistes explorent
les propriétés physiques du mouvement, de
la vitesse, de la durée, du rythme, de la couleur;
ils exploitent ses effets spectaculaires
théâtraux, son sens lyrique ou sa
capacité à entraîner le spectateur
vers une prise de consience. Même si
l'ingénieur et l'artiste peuvent avoir des
comportements proches, l'objectif du premier est la
découverte du patrimoine (histoire de la
technique, sauvegarde et intégration de
l'uvre dans l'environnement contemporain); celui du
second, dans une inspiration personnelle et individuelle,
s'inscrit dans un courant d'expression sociale, qui
dépasse la simple reconnaissance esthétique
de l'artefact.