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CHAPITRE 8
LA STRUCTURE DYNAMIQUE ET LA MORPHOLOGIE GÊNÊRALE ____________
Nous avons vu que l'unité organique vivante, la cellule, est un centre dynamique, dont l'expression se trouve dans sa fonction et dans sa forme. Les êtres vivants sont des réunions, des groupes de centres dynamiques. La vie est l'action réciproque de ces centres, et les actions sur eux des influences extérieures. Le mode d'association, la disposition, la forme des différents centres dynamiques constituant un être vivant, représentent sa structure dynamique, jusqu'ici complètement inaperçue, entièrement ignorée, au point que l'expression elle-même est nouvelle. La considération et l'étude de la structure dynamique est cependant plus importante que celle de la structure statique, seule étudiée. La structure dynamique correspond à la vie, c'est celle de l'être vivant; la structure statique correspond à la mort, c'est celle du cadavre. Rien ne démontre mieux l'importance des points de vue de la manière de considérer les choses que le rapprochement de ces deux structures: celle de la vie; la structure dynamique, celle de la mort, la structure statique. L'étude de la vie n'avance pas; depuis des siècles, les hornmes travaillent presque exclusivement à l'étude de la composition chimique et de la structure statique; ils croient étudier la vie, ils n'étudient que la mort. La vie n'est pas où on l'étudie jusqu'ici, dans les préparations immobilisées, coagulées, fixées. La considération de la structure dynamique est, pour l'esprit, un point de vue nouveau, qui s'applique à toutes choses, à tout objet, à tout être. La structure dynamique d'un objet ou d'un être, c'est la topographie des centres dynamiques et de leurs champs dans l'étendue de cet objet et de cet être. Son importance est bien plus grande que celle de la substance ou de l'état statique seuls étudiés jusqu'ici. Comprimez dans un moule de l'argile, du plâtre, de la cire, de la paraffine, de l'étain ou du plomb, vous en retirerez toujours la même forme, le même objet, les différences résultant des diverses substances ne sont qu'accessoires. Une cuiller ou une fourchette ne sont pas aptes à leurs fonctions parce qu'elles sont en bois, en fer, en argent ou en aluminium, mais parce que des forces ont agi sur leur substance suivant certaines directions; leurs caractères, leurs formes, leurs aptitudes à leurs fonctions, sont les conséquences des actions de ces forces; leur caractéristique est donc beaucoup moins dans leur substance ou dans leur état statique, que dans la topographie de ces forces, c'est-à-dire dans leur structure dynamique. Pour l'appliquer à la vie, nous avons emprunté au magnétisme et à l'électricité la notion des centres dynamiques, et nous avons appris à connaître les phénomènes dynamiques et cinétiques ehez les êtres vivants, en les lisant dans les formes, les structures, les fonctions où ils ont écrit leur histoire. C'est à l'imitation des phénomènes de la vie, c'est en créant la biologie synthétique, en appliquant ses principes, que nous avons découvert les centres dynamiques dans les liquides. Les lois, les modes de représentation, toutes les connaissances des centres dynamiques obtenues par l'étude du magnétisme et de l'électricité, sont applicables aux centres dynamiques dans les liquides et par conséquent aux êtres vivants et à la vie. Mais, si les fonctions, les formes, les structures, sont l'expression des mouvements et des forces qui les accomplissent et qui les engendrent, des structures dynamiques analogues doivent donner des formes analogues. Or, la structure dynamique de l'univers présente une grande uniformité; on la retrouve identique dans l'univers sidéral où chaque soleil est un centre dynamique d'où rayonnent des forces centripètes et centrifuges, qui maintiennent les planètes dans leurs orbites, les empêchent de s'envoler dans l'espace ou de tomber sur leurs soleils. Chaque planète est également un centre dynamique à l'égard de ses satellites; chaque pôle électrique ou magnétique est un centre dynamique au sein de l'éther; le cristal en formation ou en dissolution est un centre dynamique; la goutte qui diffuse dans un liquide est un centre dynamique; toul point d'une électrode dans un électrolyte est un centre dynamique; et la vie, dans sa cellule, est également un centre dynamique.
Fig. 49 - Photographie montrant le rayonnement d'une goutte de phosphate alcalin tribasique, dans une solution gélatineuse conténant des traces d'un sel soluble de calcium. De cette similitude des structures dynamiques découlent une foule d'autres similitudes. Au point de vue qui nous occupe, une goutte, en état de diffusion, est un soleil dans l'espace; comme un soleil, elle rayonne et la photographie figure 49 est, à l'état de soleil rayonnant, une goutte de phosphate alcalin dans une solution gélatineuse contenant des traces de sel de calcium. Les soleils ne sont d'ailleurs que de grosses gouttes de liquide dans l'espace. La goutte de phosphate est photographiée avec un agrandissement de seulement 10 diamètres; photographiée avec un agrandissement de 500 diamètres, on voit qu'elle émet des ondes ayant toutes les propriétés des ondes lumineuses; ces ondes sc réfIactent, se dispersent, se diffractent, interfèrent (voir chapitre: Périodicité, dans Théorie physico-chimique de la vie) . La figure 50 est la photographie d'une goutte qui, émettant des ondes de longueurs beaucoup plus grandes, montre son émission avec un faible grossissement et dans un champ restreint.
Fig. 50 - Goutte de carbonate alcalin montrant son émission périodique. La physique se débat entre la théorie de l'émission et celles des ondulations, passant d'une théorie à l'autre, adoptant l'une pour un phénomène, l'autre pour l'autre. Dans la diffusion, les émissions, rayonnées et périodiques, existent simultanément, ce sont deux phénomènes connexes. Il est probable que, lorsque le mécanisme et les relations du rayonnement et de la périodicité seront complètement élucidés pour les liquides,où leur étude expérimentale est relativement facile, ils le seront aussi pour l'éther et pour la lumière. Le fait que les formes et les structures sont l'expression des mouvemets et des forces qui les accomplissent et qui les engendrent et, d'autre part, l'uniformité de structure dynamique de beaucoup de phénomènes de l'univers, donne l'explication physique des admirables et surprenantes analogies de formes observées dans les productions de la nature semblant les plus éloignées, les plus étrangères les unes aux autres. La cristallisation en milieu colloïdal, comme je l'ai montré dans mes mémoires de 1903-1904, donne une très grande richesse de forme, et en particulier de formes végétales. On peut voir quelques-unes de ces formes au chapitre: Cohésion et Cristallisation, de Théorie physicochimique de la vie. Depuis quelques années, cette question a été très étudiée à l'étranger, et en particulier M. Schenck, en Allemagne, a obtenu de remarquables résultats, exposés dans son ouvrage: Die Kunstformen der Natur. M. Lecha Marzo, en Espagne, a étudié à ce point de vue les substances employées pour les préparations microscopiques. Sans étudier la genèse de ces formes, et sans comprendre la raison des similitudes, on les a cependant exprimées par la désignation de "cristaux en feuilles de fougère".
Fig. 51 - Cristallisation en milieu colloïdal. Fig. 52 - Cristallisation de chlorure d'ammonium dans la gélatine. Les figures 51, 52, 53 et 54 représentent quelques-unes des nombreuses formes que donne la cristallisation en milieu colloïdal. Les formes engendrées par la cristallisation d'une substance en milieu colloïdal dépendent de la concentration du colloïde, et les figures montrent que chaque forme est caractéristique du cristalloïde duquel elle émane.
Fig. 53 - Cristallisation de sulfate de cuivre dans la gélatine.
Fig. 54 - Cristallisation du chlorure de sodium dans la gélatine. Nous avons vu que les actions réciproques des champs de diffusion dans un même liquide produisaient une masse de polyèdres dont la section représentait un tissu de cellules polygonales. Ce résultat est indépendant de la nature des forces rayonnant des centres dynamiques, il ne dépend que des positions relatives de ces centres, et la figure 54 bis est celle d'un champ de cristallisation de chlorure de sodium dans la gélatine, on voit que les actions réciproques des champs de cristallisation donnent un aspect analogue à celui des coupes des tissus cellulaires.
Fig. 54bis - Champ de cristallisation du chlorure de sodium en milieu colloïdal, montrant une apparence analogue aux sections des tissus cellulaires. Malgré la géniale conception de Faraday, malgré les études dont les phénoménes électriques ont été l'objet, la répartition des actions électriques, les formes de la décharge, la structure des champs électriques sont encore très imparfaitement connues. Je reproduis ici les études que j'ai poursuivies sur ce sujet et les résultats présentés et exposés au Congrès de l'A.F.A.S., Nantes, 1898, et Grenoble, 1904.
Fig. 55 - Photographie d'un champ électrique. La figure 55 est la photographie d'un champ électrique; par la méthode que j'ai décrite alors, on voit que la figure est identique avec celle des champs de diffusion, la similitude est grande, au point d'amener la confusion.
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