CHAPITRE 15

 

GÉOGÉNIE - BIOGÉNIE

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D'après la cosmogonie scientifique, toute la substance du soleil et des planètes, à l'état de vapeur ou de nébuleuse, occupait autrefois un espace d'un rayon plus grand que celui du soleil à la planète la plus éloignée. Cette vapeur s'est progressivement condensée, ce qui a élevé sa température à un degré auquel toutes les substances sont à l'éclat liquide, à l'état de fusion, comme nous le montre encore aujourd'hui le noyau condensé qui forme notre soleil. Les planètes et la terre se sont donc détachées du soleil à l'état de liquide incandescent; les planètes, les soleils, ne sont que des gouttes de liquides évoluant dans l'espace, et rien n'est plus propre à nous révéler leur évolution que l'étude de la physique des liquides. La condensation des nébuleuses, la séparation des planètes et de leurs satellites est, au point de vue mécanique, analogue aux phénomènes de cohésion et de segmentation que nous avons étudiés dans les liquides, et suggère que, si au lieu d'un champ de forces rayonnantes, nous produisions, dans les liquides, un champ tourbillonnaire, les analogies deviendraient plus grandes encore.

La température de la terre, au début de son évolution, était extrèmement élevée, voisine de celle de l'arc électrique, et sa masse était à l'état de fusion. Or, les combinaisons chimiques, stables à cette température, ne sont pas celles que nous connaissons à la température actuelle; ce ne sont pas les oxydes, les silicates, les carbonates, les phosphates, les azotates, mais bien les siliciures, les carbures, les phosphures, les azotures. La première croûte de la terre, avant la condensation de l'eau, devait donc être formée de ces roches. Lorsque l'eau commença à se condenser, toute l'écorce anhydre, toutes ces roches entrèrent en réaction avec l'eau. Ces réactions donnèrent naissance à une grande quantité de substances organiques, comme l'acétylène, formé par l'action de l'eau sur le carbure de calcium. Le chimiste Mendéléef pensait que les couches profondes de l'écorce terrestre sont encore formées de ces roches, et que les naphtes et les pétroles sont produits par l'action sur elles de l'eau d'infiltration. Un de nos concitoyens, M. H. Lénicque, a publié, à la librairie Hermann, une géologie fondée sur ces vues. Pendant une période immense, la surface de la terre a nécessairement été le siège d'incessantes et innombrables réactions entre les roches anhydres de sa surface et l'eau qui se formait et se condensait.

Lorsque la terre s'est refroidie au-dessous de 100 degrés, la première eau qui s'est déposée à sa surface s'y est nécessairement trouvée dans des solutions saturées de sels minéraux et de substances organiques. Pendant toute l'immense période entre la condensation de l'eau et la formation des roches primaires, la température étant au-dessus de 40° centigrades, la croûte de la terre étant recouverte et imprégnée de toutes les substances solubles qui depuis se sont fixées par précipitation, les mers étaient des solutions salines concentrées, saturées de substances organiques; l'atmosphère était non seulement chargée de vapeur d'eau et de gaz carbonique, fixé depuis dans les roches à l'état de carbonates, mais encore de carbures gazeux, de produits ammoniacaux et nitrés, et de tous les gaz dégagés par les réactions de l'eau avec les roches. Aux températures élevées qui régnaient alors, toutes les conditions des orages étaient réunies, et l'atmosphère devait être incessamment le siège de formidables décharges électriques, qui sont de puissants agents de synthèse; c'est par elles qu'aujourd'hui nous engageons l'azote en combinaisons. Pendant toutes ces périodes, il se forma nécessairement une grande quantité de substances organiques, sur toute la surface de la terre, et, au moment de l'apparition de la vie aux époques primaires ct secondaires, les mers où s'élaborèrent les premières manifestations de la vie, où sont apparus les premiers êtres, furent des solutions salines concentrées, à des températures de 30 à 50° centigrades, chargées de substances organiques, surmontées d'une atmosphère plus complexe et plus lourde qu'aujourd'hui, siège de constants orages et de puissants éclairs. La plus grande partie de la substance qui forme la croûte terrestre les roches sédimentaires, les dépôts salins, les carbonates, beaucoup de silicates, la matière des êtres vivants, a passé, à une période d'évolution de la terre, par l'état de suspension ou de solution. Dans ces conditions, la physique des liquides, les effets dynamiques, cinétiques, morphogéniques qui s'y produisent ont eu une influence absolument prépondérante sur la formation de la terre, sur la genèse des minéraux et du monde organique. Or, les notions dont ont disposé jusqu'ici les sciences naturelles, à ce sujet, sont contraires à la réalité; il est inexact d'enseigner que la diffusion se fait de la même manière dans tous les milieux, dans les colloïdes, dans les solutions de cristalloïdes, comme dans l'eau pure; partout existent, à la diffusion, des résistances diverses dont on n'a jamais tenu compte; c'est donner un enseignement inexact de dire que les liquides se mélangent d'une façon homogène, de proche en proche; il est inexact de présenter l'osmose comme un phénomène essentiellement différent de la simple diffusion; on n'avait jamais vu les courants de diffusion qui, dans la formation de la nature minérale et organique, ont un rôle absolument prépondérant; ce sont eux qui ont donné à la surface de la terre ses formes, ses structures, son organisation. On ignorait complètement l'existence dans les liquides des centres dynamiques, dont la connaissance est la clé de l'explication et de la compréhension de presque tous les phénomènes naturels; on ne pouvait, par conséquent, connaître la production de ces centres dynamiques par toutes les actions physiques et chimiques. On n'avait pas aperçu la transformation directe de l'énergie chimique en énergie mécanique par la production de différences de concentration. On ignorait complètement les effets morphogéniques si remarquables de l'osmose. La connaissance de ces faits nouveaux, de ces lois nouvelles permet, dès les premiers essais, de reproduire avec une perfection indiscutable, par le jeu des forces physiques, un nombre très grand de formes et de structures organiques et minérales et, en présence de ces résultats, les savants disent: "ce sont des jeux de laboratoire".

Fig. 98 - Roche fibreuse calcaire et magnésienne produite artificiellement par osmose.

    

Fig. 99 et 100 - Madrépores calcaires produits artificiellement par osmose.

Cependant les pierres poussent et jusqu'ici la géologie n'a tenu aucun compte de ce fait, elle a complètement ignoré ce qui, nécessairement, a eu un rôle prépondérant dans la formation des roches, un rôle qui, dans la formation de la terre, a dû l'emporter sur celui de la cristallisation à laquelle on a aceordé tant d'attention et de travaux. Sans être géologue, on entrevoit dans la simple contemplation des roches, dans leurs apparences, dans leurs formes, dans leurs structures, les actions osmotiques et leur intervention dans la formation de la croûte terrestre aussi bien que celles de la cristallisation et de la sédimentation exclusivement étudiées jusqu'ici. On aperçoit l'action des forces osmotiques dans la formation des roches fibreuses, la figure 98 est la photographie, au quart de sa grandeur normale, d'une roche fibreuse, calcaire et magnésienne, formée par osmose. On voit ces actions osmotiques en jeu dans la formation des atolls, des récifs de coraux et de madrépores. Les figures 99 et 100 sont des photographies de madrépores calcaires produits par osmose; et les figures 101 et 102 sont les photographies de productions osmotiques coralliformes. Bcaucoup de formes de roches, actuellement énigmatiques, peuvent être reproduites en dirigeant les forces osmotiques. Au Natural History Museum, South Kensington, dans la salle de minéralogie, parmi les cristallisations calcaires et magnésiennes, il existe des roches semblables à la figure 101, provenant de Eisenerz, Allemagne. Il est facile de reproduire, par croissance osmotique, beaucoup de roches sur la formation desquelles on n'a jusqu'ici aucune opinion. Je dois à l'amabilité de M. George Abbot, FGS, de belles photographies de roches de la carrière de Tulwell Hill, Sunderland, qui expriment clairement l'action des centres dynamiques dans leur formation, et dont les aspects sont énigmatiques si l'on ignore les formations osmotiques. La connaissance des centres dynamiques dans les liquides et des lois véritables de l'osmose, non seulement permet de comprendre ces formes, mais encore de les reproduire ainsi que le montrent les photographies.

Fig. 101 - Production osmotique coralliforme.

Fig. 102 - Corail osmotique.

Fig. 103 - Production osmotique calcaire et magnésienne, entre deux roches de Tulwell Hill, Sunderland, photographiées par M. G. Abbot.

La figure 103 est une photographie de structure de carbonate de chaux et de magnésie produite par osmose dans mon laboratoire, placée entre deux photographies, par M. G. Abbot, de roches de Tulwell Hill. La figure 104 est la photographie, par M. G. Abbot, de nodules calcaires et magnésiens de Tulwell Hill, et la figure 105 la photographie d'une de mes productions osmotiqucs. La figure 106 représente des formes oolithiques et paléozoïques de productions osmotiques. Quand je contemple le rapprochement entre ces productions de l'osmose et celles de la nature, je me demande en quoi les actions morphogéniques de la cristallisation, qui ne s'appliquent qu'aux pierres, ont plus d'intérêt que les actions morphogéniques de l'osmose qui s'exercent dans le monde minéral et dans le monde vivant.

  Fig. 104 - Roches de Tulwell Hill.

Fig. 105 - Production osmotique semblable aux roches de Tulwell Hill.

Fig. 106 - Formes paléozoïques et oolithiques produites par osmose.

Comment est apparue, comment a pu apparaître la vie sur la terre? On a proscrit l'étude de cette question en la prétendant définitivement tranchée par l'expérience d'Appert, utilisée par Pasteur, contre les générations spontanées, expérience dans laquelle les substances organiques stérilisées, conservées dans un vase fermé, restent stériles. C'est admettre que la vie ne peut pas apparaître dans d'autres circonstances, dans d'autres conditions, dans un autre milieu, que dans des substances stérilisées en vase clos. C'est circonscrire l'étude de l'origine de la vie à la boîte de conserve d'Appert, dans laquelle on la tient enfermée depuis plus de cinquante ans.

Dans ma brochure sur les bases physiques de la vie, 1906, j'écrivais: "La terre avait autrefois une température incompatible avec la vie, c'est lorsqu'elle s'est refroidie que les êtres vivants y sont apparus; il a bien fallu qu'ils naissent spontanément des matériaux terrestres. La question des générations spontanées existe, il n'est au pouvoir de personne de la supprimer. Il est stupéfiant que les expériences de Pasteur aient pu l'éteindre si complètement pendant plus de trente ans". Depuis cette brochure sur les bases physiques de la vie, bien des publications témoignent d'un changement d'opinion sur ce sujet.

Fig. 107 - Paysage osmotique, formes marines.

Si l'on admet les enseignements de l'astronomie, de la cosmogonie, de la géologie; si notre terre s'est détachée incandescente du soleil, à une température à laquelle aucune vie ne peut exister: il faut, qu'à un moment donné, la vie soit apparue sur la terre suivant l'ordre des phénomènes naturels, par l'action des forces physiques. Cette conclusion s'impose et nous devons, par l'étude des documents naturels, et par l'expérimentation, chercher à connaître le mécanisme des phénomènes par lesquels la vie a pu se produire. Il me paraît inconcevable de conclure de notre ignorance de ce mécanisme à la non apparition de la vie sur la terre par les forces naturelles. Quel raisonnement que celui qui consiste à admettre que tout ce que nous ignorons n'existe pas! Nous saurions tout, il n'y anrait plus de progrès à réaliser, plus de poblèmes à résoudre; malgré les données les plus logiques, le problème ne pourrait pas, ne devrait pas être posé, car, puisque nous en ignorerions la solution, le problème n'existerait pas ! Comment ceux qui admettent l'évolution ont-ils pu, ou peuvent-ils rejeter l'étude de l'apparition de la vie sur la terre? La chaîne de l'évolution ne saurait être brisée; si elle existe, elle est nécessairement continue, non seulement des vertébrés à la monère, mais encore et surtout de celle-ci au monde minéral. Qu'est cette science qui admet l'étude d'un chaînon et pas d'un autre? L'étude de l'origine de la vie, des conditions qui régnaient au moment de son apparition, de la façon dont elle aurait pu se développer par les forces naturelles est du domaine de la biophysique.

Fig. 108 - Paysage osmotique, formes terrestres.

Depuis la renaissance de la question de l'origine de la vie, les savants modernes disent qu'elle vient des étoiles, sous forme de germes microscopiques, ou plutôt ultramicroscopiques, apportés par des météorites, ou par la pression de la lumière, à travers les espaces interplanétaires, où règne une température voisine de celle du zéro absolu, 273 degrés au-dessous du zéro centigrade, et où ces germes subiraient l'action de radiations que l'expérience montre fatales à toute vie. Les germes ultramicroscopiques', tombés des étoiles, deviendraient ensuite tous les êtres qui peuplent la surface de la terre, y compris l'homme. Pour se soustraire à la nécessité d'admettre, soit l'apparition de la vie sur la terre par le jeu des forces physiques, soit le miracle, on envoie le problème aux étoiles, ce qui ne saurait faciliter l'étude du mécanisme de l'éclosion de la vie. Il est plus vraisemblable, plus stimulant pour la recherche, plus scientifique, d'admettre le développement de la vie sur la terre par le jeu des forces naturelles, à une période de son évolution à laquelle se trouvaient réalisées les conditions favorables.

Notre science est jeune et peu étendue. On fait remonter à Bichat la création de l'anatomie générale et l'étude des tissus; il n'y a pas un siècle que s'est fondée la théorie cellulaire et que l'on connaît la structure des êtres vivants. On a complètement ignoré jusqu'ici les facultés organisatrices si étendues, si remarquables, des forces physiques. On regardait l'organisation de la matière avec une sorte de superstition: l'organisation, le tissu cellulaire, la cellule, c'était le temple du mystère, du mystère inaccessible, intangible; c'était un sacrilège de chercher à en comprendre la formation, d'essayer de les reproduire; dans l'état des esprits, se consacrer à une tâche pareille ne peut être que l'acte d'un fou téméraire et audacieux. Si, en dehors des êtres vivants, dans les liquides, dans des conditions d'expériences nouvelles, on voit se produire des formes, des structures, des phénomènes analogues à ceux présentés par les êtres vivants, on dit: c'est impossible parce que cela ne se peut pas, l'organisation ne peut exister, ne peut se produire que chez les êtres vivants, toute cellule ne peut provenir que d'une cellule vivante, ce qui n'en vient pas, quoique semblable, n'est pas une cellule.

Fig. 109 - Paysage osmotique exclusivement composé de productions physico-chimiques.

Il est évident que dans un état pareil de complète méconnaissance des facultés organisatrices des forces physiques, devant lesquelles on ferme les yeux comme devant la lumière du soleil, on ne peut admettre la recherche de l'origine des êtres vivants. Il est extrêmement difficile, à l'esprit humain, de sortir des voies dans lesquelles l'a mis son éducation; ce qu'on appelle l'étude de l'origine de la vie est toujours d'une part le miracle, de l'autre l'histoire des grenouilles naissant de la boue, des souris de vieux chiffons, des vers de la viande en putréfaction, et des microbes des infusions organiques. Ceux qu'intéresserait l'histoire de cette question la trouveront très étendue, très bien exposée, dans l'étude qu'en a publiée M. le docteur Hector Grasset, de Rouen.

La question de la biogénie et de l'origine des êtres a été jusqu'ici mal posée. Ce qu'il faut se demander est: les forces physiques peuvent-elles produire des formes, des structures, des fonctions, semblables à celles des êtres vivants, comment, et dans quelles conditions? Telle est la forme sous laquelle peut être posée utilement la question de l'origine de la vie sur la terre. Or, les facultés morphogéniques, organisatrices des forces physiques en jeu dans les liquides, sont des plus remarquables, des plus puissantes. Etudiées dans les conditions les plus défavorables, avec les ressources les plus réduites, renfermées dans les limites les plus étroites, les moins propices de température et de pression, elles donnent cependant des formes, des structures, des fonctions ayant avec celles des êtres vivants les plus grandes analogies, non seulement dans quelques productions, mais dans un nombre très grand de variétés, en parliculier dans des produclions polycellulaircs bien plus compliquées que beaucoup d'êtres vivants, ainsi que l'attestent les figures de cet ouvrage.

Aux pionniers de la doctrine de l'évolution, à Lamarck, à Darwin, à Hæckel revient le mérite d'avoir fait rentrer les phénomènes de la vie dans le domaine du physicisme et, pour qui connaît les conséquences d'exprimer ouvertement, de maintenir et de défendre ce que l'on entrevoit comme des vérités, ces hommes sont des héros, et recevront toujours les hommages respectueux de ceux qui ont le culte de l'effort, du sacrifice désintéressé à la vérité et au progrès. Après eux, la foule des naturalistes est entrée dans la voie qu'ils avaient ouverte, la doctrine de l'évolution est devenue une orthodoxie, s'en écarter une hérésie. Cependant, cette doctrine de l'évolution trouve dans les faits bien des démentis que l'on masque; elle admet la différenciation des êtres, leur modification par l'action du milieu, Lamarckisme, ou par des circonstances restées indéterminées, Darwinisme, ou par des variations brusques de causes également indéterminées, de Vries. Les variations ainsi acquises doivent être transmises par l'hérédité et accentuées par la sélection. Mais l'hérédité conserve toujours les caractères ancestraux, ou n'a jamais pu transmettre une seule variation acquise. Les différences utilisées par les éleveurs, pour créer les variétés et sur lesquelles Darwin a fondé sa doctrine, ne sont pas des modifications acquises, mais bien des variétés innées que présentent quelques individus. L'hérédité maintient les types, toujours nous la voyons exercer une action absolument opposée à celle que lui attribue la doctrine de l'évolution.

La doctrine nous enseigne que, dans le temps, tous les êtres sont dérivés d'une forme très simple, d'une rnême cellule, et l'on établie un arbre généalogique avec cette cellule primordiale pour tronc, et toutes les espèces actuelles pour rameaux. On enseigne que le développement de chaque être, à partie d'une cellule initiale, l'ovule, jusqu'à sa forme complète, est la répétition du développement de la race entière depuis la cellule primitive, que l'embryon passe successivement par toutes les formes assumées par ses ancêtres. Mais tandis qu'en philogénie, on fait dériver de la cellule primitive les êtres les plus différents, en ontogénie, chaque cellule embryonnaire, chaque ovule a une évolution bien déterminée, toujours dans la même direction, toujours donnant le même être, et chaque ovule provenant d'êtres différents, quoique n'étant qu'une simple cellule, donne un être différent. Pour se conformer aux enseignements de l'ontogénie, il faut admettre qu'il s'est formé à l'origine un grand nombre de cellules primitives diverses donnant des êtres différents non susceptibles de croiser entre eux. Pour se mettre non pas en contradiction, mais en conformité avec les faits, il faut admettre que dans chaque lignée d'êtres, les formes étaient stables ou à peu près ét que l'hérédité tendait toujours à maintenir ces formes, et à empêcher les modifications par transmission des variations acquises. Seules les différences individuelles héréditaires et non acquises peuvent être transmises par l'hérédité, d'après les lois de Mendel, et accentuées par la sélection, mais non fixées dans la descendance, dont la tendance à revenir aux types ancestraux communs est désignée sous le nom d'atavisme. Cet exposé, qui constitue une doctrine, n'est pourtant que la rigoureuse expression des faits. L'esprit se rebelle à admettre que des ovules primitifs aient pu subir l'évolution rapide qui conduit à l'être achevé; il est pourtant deux faits de grande valeur, l'un de connaissance ancienne et l'autre tout récent, qui concourent pour imposer cette opinion. Ce développement rapide, de l'ovule à l'être, que l'esprit se refuse à admettre, se produit tous les jours sous nos yeux, non seulement dans les matrices maternelles, mais dans les eaux où le poisson dépose ses œufs, dans la terre où le laboureur sème sa graine; il suffit d'une simple élévation de température, pour que, devant nous, la simple cellule constituant un œuf se change en oiseau. Le second fait est l'action organisatrice des forces physiques dans les liquides; cette action, jusqu'ici inconnue, est susceptible de donner des productions présentant les formes, les structures, les fonctions d'êtres vivants très compliqués; cette étude, à peine commencée, a déjà donné les résultats les plus suggestifs. Que ne donnera-t-elle pas lorsque, encouragée, elle sera poursuivie par un grand nombre de chercheurs dans des conditions très variées?

L'un des principaux faits invoqués en faveur de la doctrine de l'évolution, est la découverte d'une grande quantité de formes intermédiaires, démontrant un passage graduel, presque continu d'un type à un autre. Mais cette constatation est susceptible d'une tout autre interprétation. Tous les êtres vivants se sont formés dans des conditions non semblables, mais analogues, ils ont été construits par les mêmes forces, suivant les mêmes lois, ils sont, par conséquent, tous faits sur les mêmes plans, et doivent, entre les formes extrêmes, montrer tous les intermédiaires, tous les passages, toutes les possibilités; ils doivent, dàns les variations des formes, préscuter une continuité bien propre à être interprétée par une graduelle évolution.

La façon dont on excuse les croyances naïves des Anciens, de Lucrèce, faisant, à la chaleur des premiers printemps, sortir les êtres de la terre en fermentation, est bien de nature à empêcher de se manifester toute autre opinion que l'opinion classique. Cependant, si l'on peut s'affranchir de cette influence, et conquérir l'indépendance et le courage d'exprimer librement sa pensée, la doctrine qui fait tomber des étoiles des germes ultramicroscopiques qui, après leur arrivée sur la terre, se transforment en poissons, en reptiles, en mammifères et en hommes, ne paraît pas moins naïve et bien plus invraisemblable. Elle comprend deux hypothèses, toutes deux en contradiction avec les faits: la chute de germes que l'on n'a jamais vus à travers les espaces interstellaires fatals à toute conservation de la vie, et la transmission de variations acquises par l'hérédité qui toujours montre, qui a toujours montré une opposition absolue à la transmission des variations acquises. L'hérédité, au contraire, maintient inflexiblement le type ancestral.

Dans la doctrine des Anciens, il n'y a qu'une seule hypothèse qui s'impose et à laquelle ne s'oppose aucun fait, c'est à l'aurore de la vie, dans les conditions favorables de chaleur des premiers printemps, la production de simples cellules, des ovules primordiaux qui, dans cette température d'incubation qu'avait alors toute la surface de la terre, dans cette couveuse mondiale, ont évolué comme nous voyons aujourd'hui sous nos yeux, les ovules divers, incuber, évoluer, se développer, dans nos couveuses artificielles, aux seins des eaux, ou même, comme autrefois, dans la terre en fermentation, ainsi que le font les ovules végétaux.

En résumé, la solution du problème de la nature et de l'origine de la vie est dans la connaissance des facultés organisatrices des forces physiques, dans des conditions qui nous sont révélées et précisées, par la biophysique, la physiologie, la paléontologie, la géologie et la cosmogonie.

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