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Jean Lejoly

Botanique Systématique et Phytosociologie

30 ans de stages d’écologie à Peyresq: une belle histoire d’humanisme

 

Les stages d’écologie sont organisés de manière bénévole, depuis plus de 30 ans; les participants sont pour la plupart différents chaque année. Ils viennent sur une base volontaire dans le but de passer des vacances actives en se formant à l’écologie pratique de terrain et participent avec enthousiasme aux excursions. Chaque année, les participants sont issus d’horizons très variés : étudiants de diverses disciplines (botanique, biologie, agronomie, pharmacie, géographie, sciences humaines, etc ) et de tous niveaux (candidature, licence, DEA, doctorat) mais aussi des personnes déjà engagées dans la vie professionnelle et voulant développer leur sensibilité naturaliste. Ce mélange de participants, respectant et valorisant la personnalité de chacun, contribue à enrichir la profondeur des réflexions sur les rapports de l’homme et de son environnement.

 

Peyresq, lieu de formation extra muros

Dès le début, Peyresq s’est inscrit dans la perspective des nouvelles pédagogies et formes d’apprentissage basées sur la réduction des cours frontaux et l’accroissement du temps consacré par l’étudiant à un projet personnel et au contact direct avec le savoir des personnes qui exercent leurs professions (stages ruraux).

Comme ce type de formation encore largement informel jusqu’à présent correspond aux grandes lignes de la réforme de Bologne, on peut espérer que dans un proche avenir les “stages de Peyresq” puissent être pris en compte comme “unité de valeur” pour certains nouveaux masters européens actuellement mis en place.

 

Peyresq, lieu idéal pour l’immersion

L’organisation des stages à Peyresq respecte généralement un certain nombre de critères.

Ils concernent d’abord un nombre limité de personnes de façon à ce que les participants puissent tous se connaître; ils rassemblent des personnes de formation et de classe d’âge différentes pendant un laps de temps de une à deux semaines; et enfin ils évitent les sources de distraction très nombreuses en cas de stages urbains.

Cet ensemble de caractéristiques correspond exactement au principe des stages d’immersion considéré depuis quelques années comme une méthode performante pour l’apprentissage rapide.

 

Peyresq, lieu privilégié pour la pluridisciplinarité

Depuis 50 ans, Peyresq a innové par le caractère pluridisciplinaire des nombreux colloques et stages qui s’y sont déroulés.

Cette approche pluridisciplinaire mais aussi transdisciplinaire et interdisciplinaire a optimalisé l’apport mutuel de diverses disciplines pour aborder un problème commun.

L’étude de la gestion de l’environnement et de l’aménagement du territoire est un cas typique où presque toutes les sciences exactes et humaines sont concernées pour proposer des solutions acceptables permettant un développement durable c’est-à-dire livrer à nos enfants une terre peu polluée où il fera encore bon vivre.

 

Peyresq, lieu de diffusion scientifique internationale

Les stages d’écologie ont vu la participation de jeunes chercheurs venus de nombreux pays différents surtout d’Europe et d’Afrique et qui sont devenus par la suite des responsables dans leur ville ou pays d’origine. Ils ont été sensibilisés à cette méthode “Peyresq”, heureux mélange de disciplines, de niveaux d’expériences et de métissage des cultures grâce à la vie en communauté, favorisée par la prise des repas en commun. Ainsi au fil des temps, Peyresq a accueilli de nombreux représentants d’Afrique centrale (République démocratique du Congo, Rwanda et Burundi, Gabon, Cameroun, République centrafricaine, Congo Brazzaville) et d’Afrique occidentale (Bénin, Côte d’Ivoire).

 

Peyresq, lieu piétonnier

Peyresq est aussi un lieu d’application concret des bonnes pratiques écologiques, en vue de sauvegarder la qualité de son environnement. A ce titre, l’automobile a été bridée à Peyresq; la voirie n’a pas été aménagée au moment de la restauration du village et la partie est du village n’est pas accessible aux voitures. Depuis 50 ans (soit quasi 30 ans avant la Grande Place à Bruxelles), un parking de dissuasion a été réalisé à l’entrée du village afin de conserver la sérénité à la place principale du village; c’était en quelque sorte un des premiers centres piétonniers où le centre du noyau habité (=forum) peut rejouer son rôle de lieu privilégié de rencontre à l’abri des va-et-vient pollueurs des voitures.

 

Peyresq, prototype pour la glocalisation

De manière générale, Peyresq est devenu le creuset, le lieu précurseur de mise en place d’un essai de glocalisation harmonieuse combinant une sélection éclectique de bienfaits issus de la globalisation récente (électricité, téléphone, liaison internet), avec la richesse, la saveur et la diversité du milieu physique et humain entourant le village. La démarche peyrescanne prône le glocal et associe donc le meilleur du global et du local.

Peyresq est en quelque sorte une oeuvre d’art illustrant un équilibre subtil entre certaines facilités issues de la société de consommation et le caractère volontairement frugal d’un cadre rural rustique.

C’est un lieu de mise en place d’alternatives à une mondialisation effrénée et banalisante, soucieuses du respect des conditions locales par la démarche d’écoute du savoir “sauvage” concentré dans les villages avoisinants.

 

Peyresq, au carrefour des changements

Peyresq se prête bien comme lieu de réflexion sur les grands problèmes d’actualité. L’un des problèmes les plus cruciaux est le changement global. Les Alpes de Haute-Provence vont connaître un réchauffement climatique particulièrement important dans le siècle en cours.

On prévoit ainsi une remontée des étages de végétation de 200 m d’altitude; à cela s’ajoute une formidable recolonisation forestière qui fait suite au déboisement généralisé des 18 et 19e siècles. On assiste ainsi à des risques de disparition des ethnopaysages qui constituaient le patrimoine naturel entourant le patrimoine bâti de Peyresq. Faut-il lutter pour garder ces ethnopaysages en contrant la reforestation naturelle particulièrement favorisée par le réchauffement climatique et l’abandon des terres? Ou faut-il accepter que Peyresq devienne un village entouré de toutes parts de forêts de pins, d’alisiers et d’érables? Ce dilemme n’est pas propre à Peyresq mais se rencontre dans beaucoup de montagnes péri-méditerranéennes et mérite d’autant plus que l’on s’y intéresse.

 

Jean Lejoly

Professeur à Université Libre de Bruxelles

Laboratoire de Botanique Systématique et de Phytosociologie

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